Kick-Ass

 

La première fois que j’ai entendu parler de Kick-Ass, c’était il y a un peu plus d’un an: la série avait démarré six mois auparavant et ne m’avait pas particulièrement attiré, même si elle commençait à faire un peu de bruit sur la Toile…
Il faut dire que le synopsis n’est pas particulièrement vendeur: Dave est un geek (non, pas SpiderMan), mec lambda du lycée du coin (non, c’est pas SpiderMan), qui n’intéresse pas les filles (non! Vraiment, c’est pas SpiderMan…), décide un jour de mettre un collant en lycra pour défendre les autres mecs lambda. Un sujet pas particulièrement original, sauf que… « Petit » problème, Dave n’a aucun pouvoir.

 

Ce qui m’a vraiment fait tomber dedans, c’est la découverte de l’équipe derrière cette petite merveille (oui, je lève le suspense tout de suite, c’est un gros morceau): Mark Millar et John Romita Jr.
Ces noms ne signifient certainement rien pour vous, mais ce sont deux énormes pointures du métier: Millar, c’est certainement l’un des meilleurs scénaristes de ces 10 dernières années. Auteur de « Superman: Red Son », une magnifique uchronie qui narre l’histoire d’un Superman tombé en URSS, devenu fils adoptif de Staline plutôt que pèquenaud à Smallville, de « Wanted », qui revisite déjà le mythe du super héros (ou plutôt du villain), et surtout ré-inventeur de l’équipe des Avengers avec « Ultimates » et fouteur de merde chez Marvel en participant au cross-over « Civil War ».
Romita Jr, c’est l’un des dessinateurs emblématiques de Marvel, ayant bossé sur « Amazing SpiderMan » « Uncanny X-Men » et « Daredevil » entres-autres.

Plus aucune excuse pour ne plus sombrer dans l’histoire, et je ne le regrette pas. Parce que Millar a su insuffler à Kick-Ass le même ton ravageur qu’à Wanted. Âmes sensibles, passez votre chemin ! Kick-Ass est complètement irrévérencieux, les insultes fusent à chaque page, le sang noie la moitié des cases et on est très très loin du politiquement correct que l’on voit dans la plupart des productions Marvel et DC. Millar réalise ici un énorme tour de force, rendre vraiment intéressant un concept qui ne l’était pas forcément, et réussit à nous (en tout cas, moi, il l’a fait) surprendre: rien n’évolue vraiment comme on le pense. Et que dire des personnages: le seul à être véritablement normal dans toute l’affaire, c’est finalement le méchant; Dave est finalement aussi paumé dans sa vie normale que dans sa vie de super-héros, embarqué dans un tourbillon d’événements qui le dépassent de loin, Big Daddy et Hit-Girl forment un couple improbable, celui du père et de sa fille de dix ans qui charcutent du mafieux à longueur de pages et à trouver ça « normal », Red Mist n’est qu’une imposture…
Vraiment un énorme coup de cœur, vraiment bien écrit (j’insiste parce que certaines productions sont tout simplement honteuses à coté d’un tel boulot), avec pour seul objectif parfaitement réussi de vider la tête.

Un si bon comic-book devait forcément trouver une adaptation cinématographique. Vu ce qui a été fait de Wanted (un film pop-corn regardable, mais bien loin du niveau du comic-book, et dont le scénario n’a pratiquement rien à voir avec l’œuvre originelle), j’émettais quelques doutes. Surtout qu’il fallait faire le bon choix: complètement édulcorer le contenu pour faire le plus d’entrée possible, respecter au maximum le récit pour ne pas décevoir les fans; de toute façon, aucune solution ne paraissait être la bonne. Et finalement…

Le film suit quasiment à la lettre le comic-book, on sent que Millar a été impliqué en tant que producteur exécutif. Quelques concessions ont bien sur été faites pour éviter que le film ne reçoive une classification qui le tuerait, en le privant du public adolescent: les gerbes de sang sont beaucoup plus discrètes, les démembrements plus rares, mais l’histoire conserve en grande partie son intégrité, même dans les passages plus trash. Hit-Girl conserve ce petit cachet surréaliste de petite fille maniant les armes comme personne et au langage ordurier (la réplique où elle annonce qu’elle et son père peuvent être prévenus en appelant le maire qui activera un signal en forme de bite, référence à Batman, est absolument succulente).

Chose plus rare dans un film de super-héros, l’interprétation est vraiment parfaite (j’ai réussi à aimer un film avec Nicolas Cage, c’est dire…), seul Aaron Johnson (Kick-Ass) paraît un peu timoré, mais c’est aussi son rôle qui veut ça. Si on ajoute une OST bien nerveuse (The Prodigy, Mika, Elvis Presley, Ennio Morricone…) et des scènes d’action joliment chorégraphiées, on obtient un film rythmé, qui vous fera passer un excellent moment.
Le seul reproche que je pourrais lui faire (ATTENTION SPOILER), c’est d’avoir cédé à la mode du « il faut absolument une histoire d’amour ». Là où le comic-book nous laisse sur un râteau monumental, complètement dans la logique du personnage, le film/producteur/je ne sais pas qui a voulu que cette entreprise soit une réussite, et on voit bien que les scénaristes eux mêmes n’en ont rien à foutre: une fois le baiser et la petite larme de la copine passés alors que Dave est en danger, on ne la reverra pas du film… Anecdotique, mais suffisant pour casser une partie de ce qui faisait aussi le charme du personnage.

Allez zou, filez vite voir le film/et ou lire le comic-book, je vous garantis que vous ne serez pas déçu, c’est frais, sanglant, avec une bonne part de scènes et de répliques cultes. Un bon moment en perspective !

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