Watchmen [2/2] : le film


Retrouvez la première partie réservée au graphic novel ici

Les droits d’adaptation du graphic novel sont très vite vendus. Un certain nombre de projets seront alors menés mais ne verront jamais le jour. Citons en particulier celui de 1994 avec Terry Gilliam (ex Monty Python) à la réalisation qui sera supprimé faute de financement, celui scénarisé par David Hayter (Mr Solid Snake) annulé pour mésentente avec le studio Universal, ainsi que les projets de Darren Aronofsky (Black Swan) et Paul Greengrass ( les deux derniers Jason Bourne). Du beau monde donc pour une adaptation vraiment difficile en raison de la richesse du matériau d’origine et du respect que voudront les fans.

C’est finalement Zack Snyder, jeune réalisateur connu alors surtout pour L’Armée des Morts et 300, qui hérite du projet et  le mène à bien. Un projet qui aura été menacé jusqu’à sa sortie en raison d’un conflit entre la Paramount, précédente détentrice des droits et la Warner qui sera réglé à grands coups de millions.

Synopsis (via Allociné):  Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, « Watchmen – Les Gardiens » – se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse -symbole de la tension entre les États-Unis et l’Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq.

Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l’un d’entre-eux possèdant de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ?

 

Première chose, l’histoire est très bien respectée, contrairement à beaucoup d’adaptations. Seule l’intégralité de l’histoire du « Black Frighter » disparaît du scénario, mais seulement en partie puisqu’il est édité en DVD sous forme d’animé en simultané. Pour un arc narratif qui n’était pas vraiment important et qui ne faisait que s’ajouter à la réflexion proposée par l’œuvre, rien de très anormal… Il y a bien aussi une grosse modification sur le final par rapport au comic-book, liée à la disparition des « Tales of the Black Frighter », mais qui n’affecte pas vraiment l’histoire et qui à mon sens la rend même plus vraisemblable. Le reste tient des petites modifications pour dynamiser le film, mais rien de bien troublant (des personnages qui assistent à certaines scènes contrairement à l’histoire originelle, etc…). Un excellent travail des scénaristes (et du réalisateur) qui ont su imposer aux studios la vision originale de l’œuvre, sans coupe dans les scènes très violentes, que ce soit dans l’action, psychologiquement ou verbalement. Le caractère sombre et sale du monde présenté est ainsi préservé.

Le respect du graphic novel va jusque dans l’ambiance visuelle : un bon nombre de scènes semblent sorties tout droit de la BD, tant les plans ont été soignés et s’inspirent directement du travail de Moore/Gibbons. L’étude sur les couleurs est juste ahurissante, la plupart des images jouant sur le contraste entre couleurs très sombres et couleurs vives à la limite du flashy  pour une esthétique comic-book réussie et pourtant réaliste. On pourra toujours reprocher quelques utilisations de ralentis pas forcément bienvenues et des scènes de combat très « clipesques » (des restes du travail de Snyder dans la publicité), mais qui a mon sens collent à l’esprit un peu kitsch que prend parfois le film.

Une bonne adaptation n’est pas possible sans un excellent casting : en partie pour des contraintes financières, ce ne sont que des acteurs peu connus que l’on retrouve ici, et c’est tant mieux. Et tous sont formidables dans le rôle qu’ils ont à interpréter. En particulier Jeffrey Dean Morgan est un Comédien plus vrai que nature et Billy Crudup respecte le contrat d’un Dr Manhattan à part des autres avec un non jeu impressionnant.
La véritable star de ce film reste cependant Jackie Earle Haley, l’interprête de Rorchach, qui livre une interprétation sensationnelle tant elle est juste et fidèle au personnage. A voir absolument en VO pour profiter de son timbre de voix juste parfait.

Reste à aborder l’univers sonore. Le score, signé Tyler Bates, est loin d’être inoubliable. Aucun thème vraiment exceptionnel qui reste en tête, juste une musique d’accompagnement bien moyenne et très discrète. Mais le film mise surtout sur une excellente idée : puisque l’ambiance se situe entre les années 60 et 80, l’OST reprend quelques tubes des époques concernées pour lier le tout, un peu à la manière d’un Forrest Gump. Et le résultat est juste génial, tant les pistes viennent d’univers différent. On retrouve entre autres le Hallelujah de Leonard Cohen, 99 Luftballons de Nena, Simon and Garfunkel, Jimi Hendrix et Wagner le temps d’une référence à Apocalypse Now. Une idée toute simple qui crédibilise presque à elle seule l’univers.

Finalement, je ne regrette qu’une chose : que le film n’ait pas rencontré son public. Pourtant les critiques sont loin d’être mauvaises, mais entre ceux qui s’attendaient à un vrai film de super-héros et qui ont trouvé un film bavard et psychologique, et les puristes déçus de l’esthétique un peu pop, ça fait beaucoup…

Le film est sorti en plusieurs versions : la version cinéma, classique; la version Director’s Cut de 3h qui rajoute quelques très jolies scènes, comme ce qui arrive à Hollis Mason; et enfin une version Ultimate de 4h qui regroupe en un film le Director’s Cut et l’animé du « Black Frighter ». Si vous dénichez cette version en BluRay (publiée seulement aux States il me semble), attendez-vous à un sacré coup dans les dents…

Watchmen est pour moi un film culte, à voir absolument. Beaucoup n’adhèreront pas tant c’est une histoire et une mise en scène particulière, qui possède aussi ses défauts mais l’ensemble est tellement riche et fidèle à l’original que je ne peux que vous conseiller de tenter l’aventure.

En bonus: L’introduction, le générique (l’un des plus réussis de l’histoire du cinéma), et la scène d’enterrement, tant elles prennent aux tripes. Pratiquement aucun spoil, tout arrive au début du film

 

Et le cosplay que j’ai réalisé il y a deux ans pour Halloween !