Sucker Punch


Synopsis :

Fermez les yeux. Libérez-vous l’esprit. Rien ne vous prépare à ce qui va suivre. Bienvenue dans l’imaginaire débordant d’une jeune fille dont les rêves sont la seule échappatoire à sa vie cauchemardesque… S’affranchissant des contraintes de temps et d’espace, elle est libre d’aller là où l’entraîne son imagination, jusqu’à brouiller la frontière entre réalité et fantasme… Enfermée contre son gré, Babydoll a toujours envie de se battre pour reconquérir sa liberté.

Combative, elle pousse quatre autres jeunes filles – la timorée Sweet Pea, Rocket la grande gueule, Blondie la futée, et la loyale Amber – à s’unir pour échapper à leurs redoutables ravisseurs, Blue et Madame Gorski – avant que le mystérieux High Roller ne vienne s’emparer de Babydoll. Avec Babydoll à leur tête, les filles partent en guerre contre des créatures fantastiques, des samouraïs et des serpents, grâce à un arsenal virtuel et à l’aide d’un Sage.

Mais ce n’est qu’à ce prix qu’elles pourront – peut-être – recouvrer la liberté…


Sucker Punch
, c’est d’abord un trailer. Une bande-annonce qui m’a fait terriblement désirer le film, comme tout geek qui se respecte. Un univers glauque, tout droit tiré des années 50 et fortement inspiré de Lovecraft, très vite remplacé par des mondes oniriques, remplis de babes en costumes sexys, de gros guns, de monstres fabuleux et autres zombies.
Autrement dit, le film rêvé secrètement par n’importe quel homme normalement constitué. Mais la réalité est un peu différente


Premier film « personnel » de Zack Snyder, dans le sens où c’est le premier à ne pas être un remake/adaptation, on sent tout de suite un désir de se libérer dans cette production, et pourtant subsiste une proche filiation avec Watchmen, (la séquence d’enterrement est d’ailleurs étrangement semblable dans certains de ces plans à celle de l’adaptation des Gardiens). Une entrée en scène fulgurante dès le pré-générique, une tendance à se servir de tons sépias ou vieillis et une utilisation souvent excessive du slow-motion créent de nombreuses remontées de son précédent film. Mais Sucker Punch réussit tout de même à s’affranchir en partie de cette parenté : malgré ce coté sombre, les dérapages liés aux inspirations pop de Snyder interviendront assez rapidement pour jouer avec le spectateur.

Mais revenons sur cette première séquence : portée par une reprise assez fantastique du Sweet Dreams de Eurythmics aux sonorités très gothiques, profondément dérangeante, cette entame est certainement l’une des plus marquantes de ces dernières années. Disponible sur nombre de sites gratuitement, éteignez vos lumière et plongez-vous dans ce délice sans plus attendre.


Il est dommage que le reste ne soit pas du même niveau de maîtrise: le début du film est guidé à mon sens par un rythme beaucoup trop lent. Même si elle était nécessaire, l’entrée en scène de tous les personnages et le premier « changement » sont pourtant gâchés par cette lenteur.
Mais la suite du film, et en particulier la dernière séquence, montreront que le titre a bien été choisi : les différentes « aventures » se succèdent à un rythme cette fois-ci peut-être trop rapide, et le spectateur en prendra plein la tête, parfois au moment où il s’y attend le moins.

Malgré une première séquence d’action ratée, les suivantes montreront l’amour de Snyder pour les références par la multiplicité de clins d’oeil à des œuvres existantes : des hommages au Seigneur des Anneaux et à Jin-Roh à l’utilisation de dragons et autres soldats zombies allemand en passant par les références « eastereggesques planquées ça et là (comme le nom du personnage incarnée par Carla Gugino, tirée d’une légende urbaine américaine déjà mentionnée dans Watchmen ou le « Cherry Bomb » tagué sur un B52, titre phare des Runaways, groupe composée uniquement de… filles…), votre coeur de fanboy en prendra pour son grade.

De la même façon, le rendu visuel est impeccable de bout en bout. Jouant avec les couleurs « sales » durant les premières minutes, le film s’éclaircit petit à petit avec l’apparition du cabaret et des scènes d’action, mais n’oublie pas de nous replonger à intervalles réguliers dans la détresse des filles en nous montrant les coulisses usés du bâtiment, écho de l’hôpital du début du film. Conjugué au montage du film qui jongle entre les différents univers, cette alternance de couleurs crée un effet parfois dérangeant et confus, mais qui offre une certaine cohérence à l’histoire.

Le plus gros défaut du film n’est donc finalement pas celui attendu : le scénario. Bien plus profond que ce qui a été laissé entendre par les critiques, le tout est parfaitement compréhensible malgré les coupes que la Warner aurait fait pour faire descendre le classement à PG-13 au lieu de R. Les multiples interprétations possibles montrent que le cinéma a un certain besoin de se tourner vers des œuvres plus réfléchies, ces dernières années. Non, le plus gros défaut est ses dialogues : prévisibles et plats, en tout cas en VF, il faut admettre que c’est un gros point noir qui nuit à l’immersion. Heureusement que la BO compense à l’aide de magistrales reprises et autres mash-ups, échos à la thématique même du film par son fond ( « Sweet Dreams », déjà mentionnée, « Where is my mind », « Asleep »…) et par sa forme ( la reprise comme symbole de l’hommage à la pop culture, et comme rappel de la thèse du film)


Car le film a un véritable message : présenté comme un « Alice aux Pays des Merveilles avec des armes » par le réalisateur lui même, la notion de rêve est omniprésente : rêve pour s’échapper de la dure réalité, pour se défouler et exprimer tout ce qui est enfoui et pour s’obliger à encaisser et à survivre. Il est d’ailleurs dommageable que l’implication de la Warner ait édulcoré le message en supprimant la sur-violence et en limitant la profusion d’insultes, nécessaires pour cette œuvre sur le changement et le sacrifice de soi.

Descendu par la critique, qui est resté coincé sur le « public visé » plutôt que de vraiment regarder le film sans préjugé, je ne saurai vous conseiller de tenter l’aventure. Un film déstabilisant, finalement assez éloigné de ce qu’on aurait pu en attendre, et qui ne plaira pas à tout le monde, c’est sur. Il n’en reste pas moins un joyau brut, tout comme Baby-Doll (ceux qui ont vu le film comprendront), qui montre ses limites et qui est en effet très anarchique, mais dont la maestria visuelle est frappante. Une œuvre qui divisera, mais bien moins creuse que ce que beaucoup ont laissé entendre…

Un petit mot sur l’édition Blu Ray : aux cotés de la version cinéma se trouve une Version Longue assez sympathique, uniquement en VO, qui ajoute quelques scènes axées émotion au film; la scène de danse est d’ailleurs magnifique. Quelques bonus (peu nombreux malheureusement) intéressants, un son à la limite de la perfection et une image un peu granuleuse qui colle à l’esprit du film, mais que j’aurai aimée plus lisse.