From Dust

J’avoue, j’ai craqué. Je voulais attendre la sortie PS3, mais je ne me voyais pas attendre encore un mois pour l’avoir, alors que les Xboxiens s’amusent avec depuis un mois déjà. J’ai donc acheté la version Steam de From Dust, le nouveau jeu d’Eric Chahi, monument français du jeu vidéo, auteur entres autres des sublimes Another World (chroniqué ici) et Heart of Darkness.

From Dust signe le retour d’un genre de jeu qui se fait de plus en plus absent : le God-game. Autrement dit, jouer le rôle d’un « dieu » pouvant influer sur son peuple sans jamais le diriger directement, en l’incitant à aller à certains endroits, en le faisant progresser, en le défendant, voire même en détruisant sa civilisation (sérieusement, qui n’a jamais noyé son peuple dans ce genre de jeu, offert sa ville aux séismes dans Sim City, ou enfermé son Sims entre quatre murs ?)

Première surprise, ici, le jeu fonctionne par petites missions à remplir, qui introduisent petit à petit de nouveaux éléments de jeu, et non via une immense map. Assez déstabilisant au premier abord puisque le jeu s’interrompt assez régulièrement, ce système est finalement assez efficace et permet de courtes séances de jeu. Logique pour un « petit » jeu typé téléchargement. Par contre, cela oblige à avoir un jeu assez superficiel et redondant, assez éloigné de ce qui avait été promis au départ.

En effet, le but de chaque niveau est très simple. Il faut faire construire un village à sa petite troupe de primitifs sur chacun des totems de la map, afin de débloquer le passage menant à la carte suivante. Et c’est bien dommage que le concept n’évolue pas au cours du temps… Bien sur, les niveaux sont sujets à toutes formes de désastres ( tsunami, volcans…) afin de compliquer la tache.
Il faudra donc jongler entre diverses capacités pour donner un coup de main à ses adorateurs. La principale est de pouvoir prélever de la matière à un endroit pour la déposer à un autre : récupérer du sable à un endroit pour le déposer sur de la roche et développer la végétation, transférer du magma en fusion dans le cours d’une rivière pour l’arrêter, les possibilités sont nombreuses, sachant que prélever au mauvais endroit peut bouleverser complètement une carte en créant des mers ou en amorçant un incendie. On pourra aussi transférer des plantes aux capacités spéciales d’un endroit à un autre, ou utiliser les pouvoirs spéciaux que certains totems octroient, mais qui sont à durée limitée…
On tourne tout de même très vite en rond, même si divers scripts, comme les tsunamis récurrents poussent à ne pas trop contempler la carte et à agir vite.

Outre ce défaut de répétitivité (même si le jeu se complexifie, on répète toujours les mêmes actions), il y en a un autre, énorme sur PC : la jouabilité. On sent clairement que le jeu a un gameplay typiquement console, et l’adaptation PC n’est pas concluante. Alors que le combo clavier + souris est en général indispensable pour un jeu de (micro) gestion, ici, il est vraiment difficile de prendre du plaisir avec. La caméra n’est pas maniable du tout, et on perd beaucoup de temps sur des déplacements pourtant évident. Heureusement, un bouton de zoom permet de compenser et d’éviter de trop bouger la caméra autrement que par ce bouton. En branchant une manette, on retrouve tout de suite un gameplay un peu plus intuitif (un comble !), qui, s’il est loin d’être parfait, n’empêche plus de profiter du jeu. Je regrette d’avoir investi dans une version PC pour cette raison: ce qui aurait du être une force étant une grosse faiblesse. Sans compter les DRM Ubisoft qui pourrissent le lancement du jeu…

Heureusement, From Dust peut s’appuyer sur deux points forts. Déjà, le jeu est plutôt joli. On n’est pas dans le flamboyant d’une grosse production AAA, mais le jeu est relativement fin (en tout cas sur PC et pour une petite production) et surtout avec une vraie ambiance. Les personnages sont attachants malgré leur anonymat, les décors sont soignés et plutôt réalistes, une vraie réussite à mon sens. Mais surtout, le moteur physique du jeu est juste hallucinant ! Il faut voir l’eau s’écouler, voir son trajet changer avec le dernier trou creusé, voir la lave se solidifier petit à petit, le feu se propager… Le résultat est juste impressionnant de réalisme, et on est toujours surpris après quelques heures de jeu de voir son barrage de sable s’effondrer sous la force de l’eau et de voir la carte noyée…

Au niveau du contenu, une campagne d’une douzaine de niveaux est disponible, chaque niveau permettant de débloquer quelques bonus lorsque la végétation envahit la carte; ainsi qu’un mode Défi d’une trentaine de niveaux qui ciblent des objectifs très précis à remplir. Une durée de vie raisonnable pour un jeu se vendant une quinzaine d’euros.

From Dust est un peu décevant par rapport aux attentes, mais reste un bon jeu pour peu que l’on adhère au coté rétro/indépendant. Malgré des problèmes importants de jouabilité (privilégiez une version console), l’aventure se suit avec plaisir en grande partie grâce au fabuleux moteur physique.