Broken Sword – Les Chevaliers de Baphomet

Vous êtes George Stobbart, touriste américain de passage à Paris. Assis à la terrasse d’un petit bistro en sirotant un verre, c’est non sans surprise que vous voyez un drôle de clown jouant de l’accordéon s’approcher et entrer. Quand soudain, celui-ci échange son accordéon contre la mallette du client assis au comptoir, et s’enfuit en courant. Une énorme explosion pulvérise le café juste ensuite , tuant le client du comptoir. George va alors enquêter…
Il se retrouve alors embarqué dans une affaire qui l’emmènera à travers toute l’Europe, avec à ses cotés Nicole Collard, journaliste française s’intéressant elle aussi à l’attentat parisien. Ensemble, ils tenteront de faire la lumière sur tous les mystères qui accompagnent cette histoire, qui semble reliée aux Templiers

La première chose qui frappe, c’est l’esthétique générale du soft: 15 ans après sa sortie sur PC et PSOne, la version originale est encore très jolie. Graphiquement, on nage dans une esthétique très BD, avec des personnages dessinés par Dave Gibbons (Mr Watchmen) et des fonds très fouillés, remplis de détails. Sans compter les quelques cinématiques, dont la magnifique du début, et les appels téléphoniques mis en scène en gros plan. Les animations des personnages sont fluides, mais surtout leurs mimiques sont impressionnantes. On est bien loin des personnages impassibles de certains jeux, tant tous les personnages ont leurs expressions propres.

Le plus important dans un jeu d’aventure, ça reste le scénario : ici, c’est un sans faute que nous livre les ptits gars de Revolution Software. L’histoire, qui laisse une grande importance à l’histoire des Templiers, est bavarde et prend le temps de tout raconter, mais sans que le joueur ne ressente vraiment de longueur. Dynamique, elle sera l’occasion de tout un tas de rebondissements et autres mésaventures. Mais surtout, elle est pleine d’humour : George a toujours une petite réplique narquoise/second degré pour ses interlocuteurs, et vu les personnages loufoques qui se succèdent (certains sont bien barrés), il aura de quoi faire !

L’ambiance, qui donne envie d’avancer, est surtout relevée par un atout non négligeable : les doublages. Non seulement la traduction française est très bonne, modifiant les références avec brio lorsque nécessaire, mais l’interprétation vocale est une réussite. George, dont la voix est celle d’Emmanuel Curtil (Mr Jim CarreyChandler Bing), garde un petit accent américain fabuleux qui suffit à rendre le personnage inoubliable et attachant. Sa façon de prononcer « clawne » restera dans les annales du jeu d’aventure.

Au niveau du gameplay, on reste dans du très classique pour l’époque : le curseur de la souris se modifie suivant les objets sur lesquels il passe pour présenter les actions disponible (parler, prendre, utiliser…), le clic gauche servant à déclencher l’action, le droit à obtenir des informations. L’inventaire est disponible par un simple glissement sur le bord de l’écran, facilitant l’utilisation des item; l’originalité venant du fait que certaines actions ne servent strictement à rien dans le jeu. Lors des conversations (et autres coups de fil déjà mentionnés), la liste des sujets disponibles est disponible en bas de l’écran sous forme d’icônes. Tout est fait pour rendre le gameplay instinctif et efficace.

Et heureusement que le gameplay n’est pas une barrière, le jeu étant suffisamment dur comme ça ! Contrairement à bien d’autres titres, le héros peut mourir si le choix n’est pas le bon, ou si le joueur n’est pas assez rapide, car certaines action doivent être faite sans attendre ! Conjugué à la grande tradition des combinaisons d’objets improbables (bien qu’un minimum logique, mais vraiment un minimum !), il faudra du temps pour arriver au dénouement de l’histoire.

Les Chevaliers de Baphomet est un énorme tour de force de l’équipe de Revolution, à une époque où un LucasArts encore glorieux livre ses dernières pépites. Riche, belle, pleine d’humour et avec un scénario qui fait voyager aux quatre coins de l’Europe, voilà une expérience à ne pas louper, tout simplement culte.

Le jeu a connu des rééditions sur GBA, sur DS et Wii à l’occasion du Director’s Cut, mais reste jouable sur tout un tas de support dont Android via l’émulateur ScummVM, si vous possédez une version PC.