Pluto


Le très puissant robot Mont-Blanc a été détruit sans que l’on sache par qui ou par quoi. Au même moment, un des cadres du groupe de défense des lois sur les robots est assassiné… Deux affaires sans relation apparente…? Pourtant, sur les lieux du crime, c’est le même ornement en forme de cornes qui a été retrouvé.
Le meurtrier est-il un homme ou un robot ?! Selon les lois sur les robots, c’est impossible, les robots ne peuvent pas s’attaquer aux hommes. Voilà une affaire sans précédent, étrange et compliquée et c’est l’inspecteur-robot Gesicht qui en est chargé ! Gesicht ne va pas tarder à découvrir l’objectif du meurtrier : éliminer les sept robots les plus forts du monde… dont lui-même, Gesicht, fait partie !

Pluto, c’est la dernière œuvre complète en date de Naoki Urasawa, dont la publication s’est achevée en France il y a quelques mois. Mangaka reconnu mondialement essentiellement grace à ses deux grandes réussites, Monster et 20th Century Boys, Urasawa signe ici le remake d’une histoire de Astro le petit robot du maître Osamu Tezuka. On devrait plutôt parler ici d’une réinterprétation d’ailleurs : Urasawa étire considérablement l’intrigue originelle (la pagination est multipliée par presque 9 !), change de point de vue (le héros devient Gesicht, et Astro n’est qu’un « second rôle ») et imprime fortement le récit de sa patte.

Dès le départ, on retrouve une forte ambiance à la Monster : le récit est construit comme un thriller en s’appuyant largement sur le coté psychologique de personnages tous pleins de failles, renforcé par une approche graphique ultra-réaliste où même les robot semblent humains, avec des expressions faciales impressionnantes de réalité. Retrouver le Astro de mon enfance avec un coté réel et plus adulte, mais tout aussi attendrissant est un gros tour de force à mon sens. Mais surtout, Urasawa nous montre une fois de plus qu’il est particulièrement doué pour les rebondissements, surprenant toujours le lecteur quand il ne s’y attend pas, et ne distillant les indices et les nouveaux personnages qu’au moment où il sait qu’il va les utiliser.


Mais surtout, l’auteur multiplie les références : tout d’abord à son propre travail, on retrouve en effet ici tous ses thèmes de prédilection. Ainsi, l’histoire s’intéresse au coté « maléfique » de l’humanité, déjà largement abordé dans Monster et dans 20th Century Boys dans une moindre mesure, le thème de la mémoire et des souvenirs est bien là, comme dans 20th, et toute une partie de l’histoire se tient en Allemagne, pays déjà très important dans Monster. Mais c’est surtout à d’autres œuvres que Pluto fait référence. Difficile de ne pas penser à Blade Runner tant Gesicht, dans son rôle de robot-humain tient du replicant, difficile aussi de ne pas penser à Asimov tant la place des lois robotiques est important dans la trame scénaristique.

Car Pluto livre aussi une vraie bonne histoire de SF : si le coté technologique est très peu présent visuellement, le manga livre une très belle variation sur le thème du racisme, en opposant robot et humain. Et on se prend d’affection pour ces machines qui ont des sentiments, qui découvrent leurs émotions et n’aspirent qu’à la liberté et à « vivre ». Une jolie façon de réactualiser l’histoire du robot presque plus humain que l’humain lui-même, et de mettre en lumière les failles d’une humanité qui se coupe de ses émotions pour se rapprocher toujours plus de l’engin dénué d’âme, sur fond de guerre qui fait penser immédiatement au conflit irakien

Malheureusement, comme toujours avec Urasawa, ses travers ressortent en fin de récit : à force de rebondissements, la trame devient lourde et inutilement complexe, noyant le lecteur sous les informations. Et la conclusion, bien que plaisante, montre encore une fois à quel point l’auteur a du mal à clore son histoire, tellement le dénouement est rapide. Mais il faut reconnaître que le récit des premiers volumes était tellement maîtrisé que l’on ne peut qu’être déçu lorsque le couperet final tombe.

Ce n’est pas nouveau que j’adore le travail d’Urasawa. Mais avec Pluto, il montre encore une fois qu’il a un talent exceptionnel, une façon de raconter une histoire et de faire vibrer bien à lui. Bien sur il reste des défauts gênants à l’intrigue, mais Pluto est un GRAND manga.