20th Century Boys

Synopsis:

1969. Une bande d’enfants, réunie dans sa cabane perdue au milieu d’un terrain vague, crée une histoire d’apocalypse où une organisation malfaisante cherche à détruire le monde, et à laquelle ils s’opposent en héros. Ils écrivent cette histoire, sur l’inspiration de Kenji Endô, dans un cahier qu’ils baptisent « Cahier de Prédictions »…

1997. Kenji est devenu le gérant d’un magasin tranquille, délaissant ses rêves de rockeur pour aider à élever la fille de sa sœur disparue. Lorsque Donkey, l’un de ses amis d’enfance, se suicide après lui avoir envoyé une lettre étrange, lui demandant de se souvenir d’un étrange symbole tout droit sorti de leur passé, Kenji se voit mêlé aux agissements d’une secte à la tête de laquelle Ami, son dirigeant, réalise les prédictions du cahier. Ami est forcément un ami, une connaissance de Kenji, mais qui ? Kenji est obligé de recréer sa bande pour découvrir la vérité…


20th Century Boys
. Une chanson culte. Sortie en 1973 par le groupe T-Rex qui livrera un paquet de sacrées bonnes pistes durant sa période rock électrique, la chanson se classera 3ème dans les charts anglais. Une pure merveille qui parle de rock, tout simplement, qui donne une furieuse envie de bouger, et à laquelle le manga de Naoki Urasawa fera souvent écho…

 

Car si le manga s’ouvre sur cette chanson, ce n’est pas par hasard. 20th, c’est avant tout l’histoire de ces gamins du vingtième siècle, de leurs souvenirs des grands événements de leur enfance qui auront influé le futur, des reliques oubliées de leur passé qu’ils devront reconquérir et de leur combat à tous contre l’avènement du nouveau siècle et de l’obstacle Ami. Comme il l’avait déjà montré dans Monster, Urasawa signe ici un travail de documentation important, qui donne à l’ensemble une ambiance et une crédibilité incroyables. Tous les détails des événements, qu’ils soient parfaitement connus ou plutôt étrangers aux Occidentaux, sont parfaitement retranscrits et apportent énormément à la richesse du titre.

Cet effort de réalisme permet quelques passages plus calmes qui permettent de souffler un peu. Car après un démarrage plutôt lent, le temps de présenter les (nombreux) personnages sur différentes époques, le rythme de l’histoire se fait plus rapide, les détails et les péripéties s’accumulant. Urasawa utilise ici encore sa technique préférée : un thriller surchargé où différentes histoires se croisent, où les « seconds couteaux » ont tous un rôle important conté via une nouvelle ligne scénaristique, et où les indices se font rares, distillés au compte-goutte, n’étant révélés qu’au moment opportun.

 

Malheureusement, les défauts récurrents d’Urasawa sont aussi présents. Malgré un scénario assez sublime et deux première parties haletantes où Ami cherchera à devenir le maître du monde, puis un Dieu, on sent derrière les derniers tomes une grande difficulté à tout expliquer et à conclure l’intrigue, tout comme Monster et sa fin parachutée. Le tout reste d’un niveau presque exceptionnel, mais cette fin à rallonge qui peine à surprendre vraiment gâche un peu l’aventure. Et que dire de ces deux tomes finaux, qui relance inutilement l’intrigue. Sûr que c’est la déception qui parle ici, mais le début montrait un tel brio que l’on est forcément insatisfait de la conclusion du récit.
Cette capacité aussi à ne rien (ou très peu) livrer avant le moment propice est particulièrement frustrante,  maintenant le lecteur dans son rôle plutôt que le laissant participer à l’intrigue.

Mais étonnement, Urasawa se démarque de ses autres œuvres au travers de son personnage principal : Kenji. Même si il possède sa part sombre et déterminée, son coté « à l’ouest » est une véritable bouffée d’air, très touchant. Et encore une fois, le réalisme n’en est que renforcé: on s’identifie volontiers à ce personnage qui subit ce qui lui arrive, qui doit encaisser les événements avant de se prendre en main, de revenir à ses premières amours et de livrer son combat pour s’en sortir. Et en face de lui, c’est l’un des « méchants » les plus charismatiques qui s’élève. Ami (Tomodachi en VO), le visage toujours masqué, a une classe incroyable, à la hauteur de ses ambitions démesurées et de sa folie. Un vrai vilain, intraitable, prêt à tout pour parvenir à ses fins, quitte à tuer ou à détruire le monde. Un casting réussi donc pour les deux personnages les plus importants de l’histoire, qui sont merveilleusement épaulés par tout un tas de protagonistes, de Kana (la nièce de Kenji) et son caractère bien trempé à Majume, le second d’Ami, qui laissera planer pas mal de mystères jusqu’au bout, en passant par toute la vieille bande de Kenji qui répondra à l’appel.

Graphiquement, on retrouve le style hyper-réaliste de l’auteur. Rien à redire de ce coté là, tout est soigné, détaillé presque à l’excès, superbe. Les expressions des personnages, en accord avec leurs caractères, sont par contre presque caricaturales . On sent que tout a été amplifié pour ne laisser aucun doute sur les émotions des personnages, mais ça en est presque contre-productif. On retrouve d’ailleurs le fait qu’ Urasawa n’est jamais aussi bon qu’avec des personnages ne se dévoilant pas, restant dans l’ombre plutôt qu’avec ceux s’exposant… Mais l’histoire et son excellentissime méchant portent tellement l’ensemble qu’on laisse très rapidement ces défauts de coté.

Forcément partisan, je ne peux que recommander cette série, dense, surprenante, haletante et graphiquement superbe. Un moment comme on aimerait en vivre tous les jours avec un livre entre les mains.

Devant un tel succès critique et public, l’adaptation était inévitable. Mais contrairement à Monster, qui a donné naissance à une très bonne série animée télévisée, c’est l’adaptation live qui a été préférée. Et qui dit adaptation live dit problèmes : casting d’acteurs proches physiquement des personnages d’origine mais devant assurer pour la comédie, effets spéciaux qui se doivent d’être crédibles, respect de l’œuvre mère… Bref, un choix qui fera forcément des gros déçus.

Dans l’ensemble, le scénario reprend assez fidèlement l’intégralité des 22 tomes de la série et des 2 tomes de sa conclusion, 21th Century Boys. Dans l’ensemble, car quelques aménagements ont été fait de façon à ne pas trop perdre le spectateur, le format film n’autorisant pas les petits résumés d’avant-épisodes ou le retour quelques pages en arrière. La fin a donc été un peu simplifiée, rendu plus claire, ce qui n’est pas un mal, et quelques événements du milieu de la trame scénaristique ont été modifiés. Mais rien de bien traumatisant, l’œuvre gardant son intégrité et son esprit. Le fait de produire trois films a finalement été une très bonne idée. Bien sur, quelques longueurs inévitables se font sentir durant le milieu du second épisode, mais la narration, conservant celle d’origine à base de flashbacks et autres flashforwards, permet de ne pas trop s’attarder sur ces temps morts, et d’avancer relativement bien dans l’intrigue.

Les cotés SF de l’histoire sont plutôt bien mis en images : malgré des effets spéciaux pauvres mais qui donnent un coté « bricolé » qui correspond tout à fait à l’aspect « série Z » du scénario bâti par les enfants, on sent qu’un effort a été fait pour le rendu visuel et la mise en mouvement des … Non je n’en dirais pas plus… En tout cas, ce coté visuel des films, sombre et fidèle au matériau d’origine, m’a plu, même s’il n’a rien d’exceptionnel. Le casting a été très bien choisi: physiquement, les ressemblances avec le manga sont frappantes, à part peut-être pour Kana, et l’interprète d’Ami/Tomodachi est vraiment impressionnant. Les autres ne s’en sortent pas trop mal, malgré une volonté du réalisateur de conserver ce jeu caricatural et hyper marqué, qui nuit vraiment au personnage de Kenji . En résultent des effets comiques qui ne marchent pas vraiment dans le film, tout comme ils avaient du mal à fonctionner dans le manga. Peut-être un effet du coté japonais de l’œuvre qui n’est pas adapté à notre culture. Mais les scènes de groupes où la bande de Kenji est mise en scène sont très touchantes, le désarroi qui la frappe se sent véritablement, relevant le niveau de scènes comiques médiocres…

Une saga à voir, qui assure malgré son coté « cheap » et qui est un bon divertissement. Une vraie réussite pour un film live assez bien rythmé, qui fait oublier son interprétation surjouée pour nous plonger dans une histoire toujours aussi fabuleuse.

Une réédition de la trilogie est d’ailleurs prévue pour le 5 octobre, à moins de 30€. A ce prix là, foncez !