Nemesis

Un opus de plus dans le Millarworld ! Dès la sortie du premier fascicule en Mars 2010, le pitch m’avait bien accroché. Une histoire qui sentait bon la parodie, un scénariste irrévérencieux que j’adule et qui a montré de quoi il était capable dans Wanted et Kick-Ass et la présence au dessin de Mc Niven, reformant le duo qui avait mené à bien le fantastique arc principal de Civil War pour Marvel il y a quelques années… Un pari réussi ?

Synopsis (de l’éditeur):

Fils prodigue et héritier millionnaire, Nemesis possède une myriade de voitures de luxe, un hangar rempli d’avions et de nombreux gadgets high-tech. Sous son masque et son costume, il lutte pour une cause à laquelle il est entièrement dévoué.

Si vous pensez connaître son histoire, vous vous trompez… Nemesis raconte la réalisation des fantasmes ultra-violents du pire criminel qui existe.

 

Le pitch l’annonce dès le départ : Nemesis joue avec l’un des super-héros les plus connus, Batman. Il reprend tous ses attributs, de l’identité secrète aux véhicules déments en passant par l’aptitude au combat ou l’intelligence extrême du personnage. Même son costume est un hommage au Dark Knight, mais en négatif bien entendu : il est aussi blanc que peut-être sombre l’habit du Caped Crusader. Malheureusement, le coté hommage/parodie s’arrête là. Alors que j’attendais un grand nombre de référence, tout pratiquement est concentré sur le personnage et non dans l’histoire. Il y avait portant de quoi faire…
En dehors de cette déception, Nemesis est vraiment charismatique, et son tempérament proche du Joker, prêt à tout pour assouvir ses penchants diaboliques, le rend particulièrement jouissif. L’affiche teaser (voir plus bas) ne s’était pas trompée en nous vendant un mash-up des deux personnages.

On assiste donc à la quête de Nemesis pour abattre Morrow, un super-flic américain maintes fois primé, après avoir ruiné tous les états de l’Asie du Sud-Est en éliminant leurs chefs policiers emblématiques. Rivalisant de sadisme et d’ingéniosité dans ses plans, il trouve (enfin ?) un adversaire de taille qui lui résiste. Mark Millar livre un scénario finalement assez classique dans l’ensemble, puisqu’on assiste à la lutte entre les deux personnages sur pratiquement la totalité du volume, chacun tentant de prendre le second de vitesse ou en rusant pour l’atteindre en premier. Pas foncièrement mauvais, mais plutôt sans surprise avant le retournement final. Millar, d’habitude particulièrement inventif, déçoit vraiment, et donne l’impression de ne pas avoir travaillé vraiment son idée d’origine.

Par contre, il se lâche vraiment dans ce qui fait sa spécialité : Nemesis n’est pas à mettre entre toutes les mains, comme souvent avec les productions issues du Millarworld. La société dépeinte montre toute sa noirceur, et le « héros » ne recule devant rien. Gore à outrance dès que les combats s’animent un peu, tout restant un poil plus « prude » que Kick-Ass, langage ordurier, Millar n’hésite jamais à hausser le niveau de ce coté là. Il suffit d’entendre les secrets de Morrow pour sentir la perversité du scénariste.

Dans l’ensemble, Nemesis se rapproche donc plus d’un énorme blockbuster que d’une véritable parodie du super-héros comme Wanted avait pu l’être, et c’est bien dommage, car l’ensemble y perd beaucoup en saveur. Au dessin, McNiven fait lui aussi une prestation moyenne. Dans son style très réaliste, les visages de la plupart des protagonistes sont décevants, que ce soit un manque de détail, une impression de baclé ou une expression trop neutre. Le ton donné à l’ensemble aurait nécessité un trait un peu plus marqué, soulignant la folie du personnage principal ou le désarroi de ces victimes, ici trop atténué. Mais comme dans Civil War, McNiven livre des scènes d’action anthologiques, superbement mises en image, le dessinateur travaillant ici principalement en bandes qui dynamise fortement le tout, avec un effet très cinématographique. Le principal est donc réussi, et on dévore la série d’une traite comme on dévore une bonne série télévisée. Mais le manque de profondeur est tout de même très gênant.

Le principal défaut de Nemesis est certainement d’avoir voulu tenter de commencer au moment où le « héros » est au top de sa réputation et de voir son principal combat, plutôt que d’avoir à suivre sa lente ascension comme génie du mal. Ce qui fait que les quatre tomes passent beaucoup trop vite, et que tout donne l’impression de n’être que survolé, là où Kick-Ass arrivait à la fois à avoir un tempo lent, mais à accélérer de façon impressionnante au bon moment.

Malheureusement, Nemesis n’est ni un grand Millar, ni un grand McNiven. Pourtant l’idée de départ était bonne mais manque de développement. Un bon divertissement tout de même.

Retrouvez les reviews de deux autres Millar : Wanted et Kick-Ass