The Binding of Isaac

De temps en temps, on tombe complètement par hasard sur une belle pépite dans le monde indépendant : des jeux comme Audiosurf, Beat Hazard pour les moins connus ou World of Goo, Super Meat Boy ou Braid pour les plus réputés avaient su me séduire par leur approche originale de genres connus. Et quand au détour d’une conversation, le génial @JordanLAMFG (dont vous pouvez retrouver le blog dans la section « amis ») me parle de ses dernière découvertes, dont une sorte de Zelda-Like à l’ambiance crado, je n’ai pas pu m’empêcher de craquer.

 

The Binding of Isaac part d’un scénario tout simple, inspiré d’un épisode de la Bible : la mère d’Isaac ayant eu une révélation, elle décide de le sacrifier. Il fuit dans sa cave, et entame ainsi sa (réelle) descente aux Enfers pour lui échapper… Mais on n’échappe pas au Mal de cette façon…

Le jeu se présente comme une succession de donjons old-school à la manière des vieux Zelda : dès que l’on entre dans une salle (enfin, pour la majorité d’entre-elles), les issues se referment et ne se rouvriront que lorsque tous les ennemis seront éliminés. Pour aider à l’exploration, une mini-map au sommet de l’écran se dévoile à chaque nouvelle salle explorée, permettant de retourner dans celle qui nous intéresse plus particulièrement, jusqu’à atteindre la « sortie » gardée par un boss et son item boostant. Bien sur, quelques salles permettent de souffler en offrant un bonus (parfois même un malus…) et de se dérouiller les doigts avant de continuer à avancer. Le coté exploration est donc réduit au minimum pour mettre en valeur le coté oppressant du titre.

Car oui, la première chose qui frappe dans The Binding of Isaac, c’est l’ambiance absolument malsaine qui ressort du titre. Isaac, seul, doit se défendre contre toute un bestiaire d’ennemis carrément dégueulasses, usant de leur sang et de leurs tripes (littéralement !) pour se battre, sans compter le nombre de symboles démoniaques et de bestioles type vers ou mouches dégoutantes. Et les arènes ne sont pas en reste, ne tardant pas à se couvrir d’hémoglobine, d’abats et autres excréments au cours des affrontements. Pour lutter, Isaac n’aura que ses larmes, véritables projectiles létaux pour les ennemis, et sa chance. Lorsqu’on n’a qu’une seule et unique vie pour s’échapper, ça ne fait vraiment pas beaucoup.

Sa chance ? Oui ! Car absolument tout est généré de façon aléatoire : les niveaux ne sont jamais les mêmes à chaque partie, et les bonus apparaissant non plus. Si parfois, Isaac devient une vraie machine de guerre au bout de quelques salles, il n’est pas rare d’arriver complètement démuni face à un boss, sans power-up aucun. En gros, on peut trouver trois types de bonus différents : ceux qui customisent les pouvoirs de vos larmes (plus grosses, plus rapides, plus grande portée, ou l’arme quasi ultime, des larmes qui traversent les ennemis, permettant d’en frapper 4 ou 5 alignés), ceux qui ajoutent un pouvoir activable une fois uniquement (souvent des ajouts de santé, une augmentation de portée ou une modification des stats) et enfin, ceux qui ajoutent un pouvoir dévastateur qui se rechargera avec le nombre de morts (attaque à coup de bombes…). Et ce ne sera pas de trop pour espérer survivre. Surtout que l’on tombe sans arrêt sur de nouveaux items inconnus que l’on hésite à récupérer, de peur de tomber sur une mauvaise surprise au mauvais moment. En une vingtaine de parties, je ne sais pas si j’ai débloqué ne serait-ce que le cinquième des éléments disponibles…

Car évidemment, si le jeu ne donne qu’une vie, c’est pour s’adresser aux joueurs teigneux qui veulent un vrai challenge. Et le jeu est très très vicieux là dessus : la première partie est révélatrice, on avance sans trop de problème dans les premières salles, on bat le premier boss, on trouve quelques « armes » bien utiles, et d’un coup, on entre dans une salle peuplée d’ennemis inconnus qui vous spamment de projectiles, et on meurt en 10 secondes. Et dépité, on recommence une partie, du début bien entendu, dans un environnement totalement inconnu. Une expérience vraiment plaisante, mais qui donne envie parfois de jeter son clavier contre le mur. La difficulté est par contre parfaitement dosée : malgré le type de surprise raconté plus haut, la progression se fait plutôt de façon linéaire (mais à un niveau assez haut), et apprendre à connaître les ennemis grâce à de nombreuses parties sera vite nécessaire pour ne pas se laisser surprendre.

Abordons un peu le coté technique. Le design est à mon sens vraiment bon. Très typé Kawaï, le character design n’atténue absolument pas la violence du titre, et étonnement la renforce même. Une union assez déstabilisante mais qui colle vraiment au jeu dans son esprit, contribuant à dérouter encore plus le joueur. L’humour et le second degré présents dans cette production continue à laisser une drôle d’impression dans la bouche : entre les rêves d’Isaac à chaque conclusion de stage (qui oscillent entre vraies peurs d’enfants et cauchemars débiles sur le manque de papier toilette) ou les items qui influent su le look d’Isaac (charismatique au possible quand il porte un slip, des talons, des canines de vampire et a un cintre planté dans la tête), le jeu va très très loin. Pas étonnant en revanche quand on sait que c’est le créateur de Super Meat Boy qui est derrière tout ça. Les musiques (la BO est en vente à part d’ailleurs) sont excellentes, restent en tête et m’ont fait penser plusieurs fois à Castlevania par leurs tonalités un brin gothiques horrifiantes.

Vous l’avez compris, The Binding of Isaac est vraiment un coup de cœur, par son ambiance et son coté old-school. Ne pas parler de ses défauts ne serait pas honnête : oui, payer (même 5€) pour un jeu qui aurait du/pu être disponible gratuitement en tant que jeu Flash, ça fait un peu mal; oui, le jeu connaît de sérieux ralentissements parfois qui gêne l’expérience de jeu, et j’ai quelques doutes sur son énorme rejouabilité (bon après un certain nombre de parties, je suis toujours dessus, je n’ai presque rien débloqué, mais à très long terme, je ne sais pas…). Mais ce jeu a un tel charisme que l’investissement vaut le coup, à mon sens.

EDIT : Après presque trois mois de pratique, je tenais à revenir sur cette conclusion : la rejouabilité est vraiment énorme et je ne me lasse toujours pas du jeu. Il faut dire que  les updates donnent envie de s’y replonger, encore et toujours. Comme Ripper le faisait remarquer en commentaires, ce jeu est tellement riche qu’il n’aurait pas pu débarquer gratuitement en Flash et avoir ce suivi de l’équipe. Les 5€ les mieux investis cette année.