The Artist

Ça fait un certain temps que j’attends ce film. Une entreprise délicate tant le public est habitué aux productions formatées et autres blockbusters, mais qui a reçu un très grand succès de la part des connaisseurs lors du dernier festival de Cannes, la prestation de Jean Dujardin étant même primée. Une magnifique bande-annonce plus tard, je savais que je n’aurais aucune excuse pour le manquer, donc quand une avant-première s’est présentée, je me suis jeté dessus…

Synopsis (via Allociné):

Hollywood 1927. George Valentin est une vedette du cinéma muet à qui tout sourit. L’arrivée des films parlants va le faire sombrer dans l’oubli. Peppy Miller, jeune figurante, va elle être propulsée au firmament des stars. Ce film raconte l’histoire de leurs destins croisés, ou comment la célébrité, l’orgueil et l’argent peuvent être autant d’obstacles à leur histoire d’amour.

 

Dans le plus pur style des films des années 20 à 50, le scénario n’est pas particulièrement compliqué. Une situation de base assez commune et proche de la réalité pour que le spectateur s’y identifie, et qui dérive petit à petit. Bien sûr ce choix est aussi en grande partie conditionné par le fait que le film est muet du début à la fin, et qu’il faut que tout soit aisément compréhensible uniquement avec la gestuelle des acteurs et les quelques sous-titres qui apparaîtront de temps en temps. Mais le principal est que l’on est comme happé par ce qui se passe à l’écran, pris par une histoire dont on espère qu’elle se terminera par un « happy-end« .

Très intelligemment, The Artist ne joue pas sur un coté parodique alors que le casting s’y prêtait, mais s’assume totalement en tant que « vieux film ». Même si de nombreuses références sont visibles, jamais on ne verse dans la caricature. Le long-métrage s’ouvre ainsi sur un générique des plus classiques, le casting s’imprimant sur un rideau, donnant le ton de ce que sera le reste du film. Jamais on n’est dépaysé par ce que propose cette production, qui respecte tous les codes du genre, avec des personnages attachants au caractère bien trempé, touchants, tous simplement vrais. Le film se permet même de jouer avec le spectateur, utilisant un élément du décor pour préciser l’action ( des statues qui s’éloignent le temps de quelques plans, comme pour symboliser l’éloignement de George d’avec sa compagne), multipliant les double-sens lors des rares sous-titres, en s’appuyant sur les différents sens que peut prendre les mots « parler » au cinéma… On oublie aussi l’histoire d’amour trop simple et trop stéréotypée, tout se jouant ici sur des non-dits et des petites touches de tendresse.

Le long-métrage reste fidèle à l‘age d’or hollywoodien jusque dans sa réalisation : au revoir, montages hachés, travellings dans tous les sens et autres ralentis. Ici, la réalisation reste sobre, à base principalement de plans fixes et de plans larges, laissant le temps au spectateur de s’imprégner de l’ambiance créée, et de profiter des magnifiques décors qui semblent tout droit sortis des studios d’autrefois. Quelques scènes emblématiques sont bien entendues présentes (comme la scène de conduite, le final sous forme de comédie musicale…) et donnent vraiment une crédibilité très touchante et assez déstabilisante à l’ensemble, un vrai « vieux film » récent. Un véritable film hommage donc, qui ressuscite toutes les coutumes du genre tout en créant son identité propre, même si la fin est un brin trop prévisible…

Si The Artist est aussi poignant, c’est en grande partie grâce à son casting. Dujardin montre ici (encore une fois serais-je tenté de dire) tous ses talents d’acteur. A la fois drôle, émouvant et terriblement juste, il campe un acteur sur le déclin convaincant et bien moins lisse qu’il n’y paraît. Il crève littéralement l’écran, et porte quasiment le film seul grâce à son charisme. Il m’a vraiment fait une très grosse impression, digne successeur d’un Cary Grant par sa carrure de séducteur. Un peu plus en retrait, Bérénice Béjo est tout aussi impressionnante dans un rôle qui lui va comme un gant, rappelant un peu le « Meilleur Espoir Féminin » de ses débuts. Une prestation toute en douceur. Les seconds-rôles ne sont pas en reste, de John Goodman en réalisateur grognon et râleur (un comble pour un film muet !) à James Cromwell dans le rôle incontournable du chauffeur, en passant par la trop courte apparition de Malcolm McDowell, tous sont parfaits dans leurs rôles. Qui dit film muet dit aussi bande-son : ici, toutes les compositions, anciennes ou nouvelles, rythment le film avec brio, laissant peu de temps morts, liant le tout de façon magistrale.

The Artist est une vraie perle, un film magnifique et touchant réussi avec brio. Je ne peux que vous le conseillez si vous voulez passer un bon moment dans les salles obscures, et encore plus si vous aimez cet esprit « vieux film ». C‘est un film à voir et à revoir qui deviendra culte, cela ne fait aucun doute. En tout cas, c’est pour moi un très gros coup de cœur, certainement l’un des meilleurs films de 2011.