Limbo

Sorti au beau milieu de l’été 2010 sur le Live, Limbo avait surpris par son style tout en noir et blanc et son gameplay sans concession directement tiré des vieilles références de la plate-forme. Quand Steam a décidé de lui donner un prix tout doux de 2,50€ pour les soldes d’automne, je me suis dit qu’il était temps de remettre les pieds dans le monde angoissant et brutal de Limbo…

Forcément, il est difficile de commencer à parler de Limbo sans insister lourdement sur ce qui l’a fait connaître : son aspect graphique. Sur un arrière-plan nimbé d’un perpétuel brouillard grisâtre se dessine un monde tout en ombre et tout en noirceur. Une charte visuelle qui d’entrée met mal à l’aise, créant une ambiance finalement très froide et oppressante, tout en conservant un character design très naïf. Un vrai travail est d’ailleurs fait sur la caméra, qui multiplie les mises au point  et contribue énormément à l’atmosphère du jeu avec son grain caractéristique qui renforce le coté « sale » du jeu. Un choix assez étrange qui marque tout de suite le joueur, tiraillé entre un coté enfantin mignon et un aspect adulte qui prendra très vite le dessus par sa violence et son impact psychologique.

C’est dans cet environnement particulier qu’il va falloir progresser, ou plutôt essayer de survivre. Car la promenade ne sera pas de tout repos, les pièges se camouflant au sein du décor, les « ennemis » étant sans pitié avec notre garçonnet. Et la plupart du temps, il faudra tomber dans le piège au moins une fois pour comprendre le fonctionnement du tableau, trouver une mort douloureuse pour mieux recommencer à l’essai suivant. Et on se félicite finalement du choix de ce jeu d’ombre, qui cache en partie la brutalité des mises à mort du personnage principal qui arrivent souvent au moment où on s’y attend le moins. Ce ne sont pas les musiques qui vont édulcorer la sauvagerie du titre : absentes, tout se joue avec les bruitages créés par l’environnement, des tuyaux rouillés qui craquent aux pierres qui déboulent, en passant par l’eau qui coule et… les passages à trépas du héros.

Dans l’esprit, on se retrouve ainsi avec un jeu de plate-formes très proche de ce qu’a pu être Another World en son temps : un jeu en scrolling horizontal 2D qui enchaîne les énigmes (parfois bien difficiles !), obligeant le joueur à réfléchir rapidement et à faire le bon choix, à penser ses sauts à l’avance et à les calibrer au centimètre près, à prendre suffisamment d’élan pour ne pas manquer lamentablement un obstacle. Un jeu véritablement exigeant dont la difficulté obligera à mourir, mourir et remourir jusqu’à connaître les passages par cœur de façon très old school. Heureusement, les checkpoints sont très nombreux (presque trop) et faciliteront bien la tache. L’objectif ultime sera tout de même de terminer le jeu d’une traite, sans mourir une seule fois, un challenge qui demandera du doigté et de la ténacité.

Malheureusement, on pourra toujours râler sur la durée de vie du titre, qui se boucle en trois-quatre heures sans trop de souci, ou sur certains décors moins inspirés que d’autres ( mais qui sont suffisamment variés pour empêcher toute monotonie dans la progression). Mais Limbo est une expérience à vivre, pour sa poésie et son ambiance hors du commun. Mention spéciale à la narration qui se fait seulement par ce qu’il y a à l’écran, sans affichage superflu, sans barre de vie ou autre compteur de temps.

Limbo possède simplement tous les défauts d’une production typée rétro : une durée de vie famélique (qui est pourtant boostée par les nombreux essais nécessaires sur certains passages), une histoire presque absente, un gameplay réduit au minimum. Mais pourtant, l’atmosphère générale est tellement réussie qu’on les oublie bien vite, qu’on progresse avec plaisir, qu’on a envie de savoir ce que réservera le prochain écran. Et il faudra griller quelques méninges et faire preuve de dextérité pour en voir la fin, je vous le garantis. Une belle réussite.