Skyrim

« Enfin… J’ai enfin retrouvé la sortie de cette caverne. Le paysan m’avait bien prévenu qu’il avait entendu quelques bruits étranges, mais je ne pensais pas débarquer en plein milieu d’une messe noire. Quatre nécromanciens et leur troupe de cadavres ressuscités, quand on a oublié sa lame enchantée anti morts-vivants, c’est vraiment le pire de ce que je pouvais découvrir. La prochaine fois, je ferai plus attention en laissant mon équipement principal dans mon pied-à-terre de Blancherive. Heureusement, mon cri m’a permis de m’en sortir sans trop de dégâts en faisant rôtir les nécro d’entrée, et ma maîtrise des sorts de flamme m’a bien aidé à finir le nettoyage. Et j’ai quand même eu une bonne surprise avec cette relique, je devrais en tirer un bon prix en ville. Maintenant que j’ai retrouvé la fraicheur de la neige, je peux prendre le temps d’enlever mon armure lourde et de panser mes plaies. A moins que… Ce bruit… CE BRUIT ! Vite mon arc, je n’aurai pas 50 chances d’abattre ce dragon… »

La série des Elder Scrolls a marqué bon nombre de joueurs grâce à ses deux derniers épisodes, j’ai nommé Morrowind et Oblivion. Loués pour leur richesse et la liberté de mouvement qu’il laisse au joueur, absolument phénoménales, ces deux épisodes n’avaient pourtant pas échappé à quelques reproches : un moteur de jeu qui se montrait très vite gourmand si on voulait profiter des jeux avec une qualité visuelle acceptable, mais qui était très décevant au niveau des textures des visages,  des quêtes parfois trop « simplistes » se cantonnant à des allez-retours, et de nombreux bugs en tout genre, véritable marque de fabrique de Bethesda. Après avoir fait un tour sur la licence Fallout qui leur aura permis de se renouveler et de densifier un autre univers, tout en ramenant quelques idées sur leur licence phare,  les développeurs nous livrent enfin ce nouvel épisode tant attendu, qui nous permettra de visiter la contrée de Bordeciel…

Autant prévenir tout de suite, cet épisode n’est pas une révolution pour la série. Et c’est tant mieux ! On sent que Bethesda a préféré soigner son jeu plutôt que de bouleverser un système de jeu bien rodé et adoré des fans. Le jeu se présente toujours avec une vue première personne, même si la vue TPS héritée de Fallout et bien présente. Une bonne idée sur le principe, qui permet de jongler entre une vue plus axée combat et une autre qui permet de profiter de la beauté de son équipement dans les phases d’exploration. Je dis bien en principe, puisqu’on a tendance à se cantonner à la vue FPS, bien plus efficace en toutes circonstances. Le HUD se réduit au strict minimum, favorisant l’immersion : les jauges de vie, de magie ou de vigueur n’apparaissent que lorsqu’elles ne sont pas au maximum, libérant ainsi un maximum d’affichage pour le paysage. La boussole est toujours présente, mais se trouve maintenant en haut d’écran. Si elle est particulièrement pratique pour trouver certains repères lorsque l’on est perdu en pleine montagne, elle facilite presque trop le jeu, en indiquant chaque lieu dont on approche, en guidant toujours vers une issue proche dans les donjons. Ce n’est qu’un détail, mais elle joue beaucoup sur le stress. Devoir affronter une horde de squelettes sans savoir par où on peut s’échapper, c’était autrement plus marquant.

Le système de jeu n’a pas énormément bougé non plus : pour ceux qui ne connaissent pas, plus vous utilisez une capacité, plus elle s’améliore. Ainsi, en jonglant entre les différents types d’armes et autres sorts, vous améliorerez un peu de tout, mais très doucement, alors que se concentrer sur un type d’armes bien précis vous rendra très puissant dès que vous l’utilisez, au risque de se retrouver dans une mauvaise posture si vous ne pouvez pas vous en servir. Un système bien plus naturel que dans les J-RPG par exemple, et qui permet d’avoir un personnage qui colle à sa personnalité. La classe de départ influe beaucoup moins sur le déroulement de la partie qu’auparavant, puisque seul un léger bonus particulier est attribué. Les différentes spécialisations seront donc accessibles à tous, sans distinction de classe/race, à la seule condition que vous soyez assez performant avec ledit attribut. Ne comptez donc pas débloquer l’attaque suprême à l’arme lourde si vous n’avez utilisé une claymore que deux fois dans le jeu. Une vraie cohérence à la jeu de rôle qui fait plaisir en ces temps de casualisation.

Il ne faut pas se mentir non plus, l’effet Fallout 3 est passé par là. Le jeu a lâché du lest sur certains points :  boussole améliorée (déjà abordée plus haut), niveaux qui se franchissent dès l’obtention (plus besoin de dormir pour faire évoluer ses talents), objets à profusion, enchantements grandement simplifiés (mais qui, en même temps, sont bien moins cheatés que dans les épisodes précédents). On sent que le jeu se veut plus accessible qu’auparavant, sans non plus faire de trop grosses concessions sur le fonctionnement. En tout cas, j’ai été convaincu par ces choix !

Graphiquement, le jeu s’est vraiment embelli. Fini le moteur vieillissant utilisé par Oblivion et les derniers Fallout, on en prend plein les mirettes ! Et pas besoin d’une configuration de barbare sur PC pour en profiter dans de bonnes conditions. Vu le temps passé à arpenter le monde de Skyrim, il était essentiel que tout se passe bien techniquement : pas de chute de framerate importante (à part à un endroit du jeu, mais je pense que c’est mon matériel qui a été pris en défaut, vu que je faisais tourner énormément de choses en même temps), pas de bugs particulièrement gênants (on note bien parfois une flèche plantée en pleine tête qui met du temps à disparaître, mais c’est du détail), le jeu donne vraiment une impression de production soignée. Les collisions sont plutôt bien gérées pour un mode de cette taille et le moteur physique est de bonne qualité. Une très bonne surprise après quelques jeux un peu en dessous techniquement.

Il ne faut pas s’attendre à quelque chose d’aussi varié que Morrowind, qui laissait la place à quelques délires bien sentis végétalement parlant, mais chaque ville, chaque grotte arrive à se créer sa propre identité, malgré le fait que Bordeciel se résume à « caillou-forêt-neige ». Une vraie belle atmosphère, renforcée par ses autels que l’on découvre au hasard d’un sentier, ou une ruine au milieu de nulle part. Le jeu se permet aussi quelques effets lumineux du plus bel effet. L’évolution de la météo et de l’heure livre parfois des environnements surprenants, avec leurs aurores boréales ou quelques rais lumineux vraiment magnifiques. Les compositions musicales, épiques, transcendent littéralement tous ses moments d’exploration en pleine nature, où l’on passe des heures à marcher pour le plaisir, à chasser ou à rêvasser.

Sans parler en détail de la trame principale, celle-ci réserve son lot de passages marquants. La mission d’introduction, qui fait office de tutorial avant d’être lâché dans le monde de Bordeciel, en est le parfait exemple. Entre sa probable exécution, l’attaque d’un dragon, la fuite d’Helgen, tout est parfaitement rodé, maîtrisé, et donne envie de connaître la suite. Et si le scénario baisse un peu de rythme ensuite, il n’en reste pas moins terriblement accrocheur. Et pourtant, on prend le temps de tout explorer, de fouiller chaque ville de fond en comble, et on se noie littéralement sous le nombre de quêtes. Heureusement, le journal est toujours aussi bien organisé, avec une entrée par quête « majeure », alors que les moins importantes (type chasseur de primes) sont toutes regroupées en une entrée. Mais bien sur, on n’est jamais à l’abri de voir une quête mineure se transformer en quête « majeure » après un renseignement. Toutes sont parfaitement scénarisées, et si le coté Fed-Ex de « je navigue sur la carte » est parfois embêtant, l’enrobage surprend toujours. Quelques quêtes sont vraiment impressionnantes et débouchent sur des situations incongrues, étranges alors qu’on ne s’attendait pas du tout à ça. Une réussite totale de ce coté là (oui comme le reste du jeu je suis tenté de dire), où chaque aventure, chaque mission donne envie de progresser. Bon, parfois, il y a tellement de quêtes qu’on ne sait plus trop quel événement a déclenché quelle mission, et c’est bien dommage. Mais on ne va peut-être pas râler devant une trop grande richesse, là où certains jeux se finissent un 5 heures (vous voyez de qui je parle ?)…

Il faudrait empiler des pages et des pages et des pages pour parler de tous les aspects de Skyrim, de sa richesse, du plaisir qu’il procure, de l’addiction qu’il déclenche une fois qu’on a mis les pieds en Bordeciel, au risque de spoiler certains passages mémorables du jeu. Au lieu de ça, je n’ai plus que deux mots à dire : ACHETEZ-LE.

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