Mission : Impossible Protocole fantôme

Oscillant entre le très bon (les épisodes 1 et 3) et le franchement passable (l’opus signé John Woo), la saga des Mission : Impossible au cinéma est une valeur sure pour les amateurs d’action teintée d’espionnage. Avec une bande-annonce plutôt alléchante (ce qui n’est pas toujours bon signe, qui a dit « jamais » ?) et toujours supervisé par J.J.Abrams, ce nouveau volet avait tout pour être le blockbuster de cette fin d’année. Mission réussie?

Synopsis (via Allociné):

Impliquée dans l’attentat terroriste du Kremlin, l’agence Mission Impossible (IMF) est totalement discréditée. Tandis que le président lance l’opération « Protocole Fantôme », Ethan Hunt, privé de ressources et de renfort, doit trouver le moyen de blanchir l’agence et de déjouer toute nouvelle tentative d’attentat. Mais pour compliquer encore la situation, l’agent doit s’engager dans cette mission avec une équipe de fugitifs d’IMF dont il n’a pas bien cerné les motivations…

 

Retour à la Guerre Froide pour ce nouvel épisode de M:I. Après un attentat sur le sol russe dont l’équipe d’Ethan Hunt doit porter le chapeau, c’est le déclenchement d’une attaque nucléaire qu’elle doit éviter à tout prix. Malgré un contexte bien trop vu au cinéma et qui commence à s’éventer sérieusement, le scénario est plutôt réussi : si l’on s’attend forcément à un nombre impressionnant de rebondissements dans ce type de film, une bonne partie est amenée de façon crédible et bien vue, avec un fil directeur assez solide pour nous donner envie d’atteindre la fin de la projection. Il ne faut pas s’imaginer non plus que le film est une révolution du film d’action-espionnage (enfin, surtout d’action pour celui-ci), on reste solidement ancré dans les traditions Mission : Impossible au cinéma : comprenez que le film livre aussi son lot de séquences et de cascades complètement WTF dans décors splendides et ne nous noie pas sous les explications économico-politiques. Par contre, quelqu’un pourrait m’expliquer ses sous-titres complètement mal calés et d’une couleur abominable ???

Difficile de parler de la saga et de ce film en particulier sans s’attarder sur le cas Tom Cruise : après un Knight and Day dans lequel il livrait une prestation apocalyptique bien que très parodique (j’avais l’impression de le revoir dans ses lamentables interviews époque mariage avec Katie Holmes), il retrouve un rôle qui colle bien plus à son jeu d’acteur. Toujours aussi charismatique alors que la cinquantaine approche, toujours aussi impressionnant physiquement, retrouver le personnage d’Ethan Hunt lui fait beaucoup de bien. Sa prestation est plutôt réussie dans un registre qui laisse moins de place à l’émotion que dans l’épisode signé Abrams, mais qui lui donne la possibilité de montrer qu’il est toujours une référence dans ce genre de rôle.

Reste que l’équipe est bien plus présente qu’à l’accoutumée : là où les autres agents sont souvent des sidekicks que l’on aperçoit dans l’aventure, et qui sont largement écrasés par l‘aura de Hunt, ici, tous ont leur importance dans le scénario. Renner ou Pegg s’en sortent divinement bien et sont très à l’aise dans leurs personnages respectifs. Les séquences où ils apparaissent seuls sont d’ailleurs nombreuses et plutôt bien calibrées. Faut-il y voir un passage de relais pour le lancement d’une nouvelle franchise ? A mon sens, oui… Dans l’absolu, on n’échappe pas aux stéréotypes du genre avec l’agent un peu gaffeur, celui qui a des zones pas très nettes dans son passé, celui qui a une vengeance à accomplir envers le méchant. Mais c’est aussi pour çà que l’on va voir ce type de film, et ce n’est pas suffisant à mon sens pour être un défaut majeur du long-métrage, vu la façon dont le scénario compense cette faiblesse.

Surtout que la série introduit une petite nouveauté : l’humour ! Alors que les précédents épisodes étaient plutôt dans le registre sérieux, les rares traits d’humour se cantonnant aux remarques sarcastiques, ce Protocole Fantôme laisse un peu plus de manœuvre aux boutades des agents : entre les gadgets qui ne fonctionnent pas et qui obligent improviser, le personnage de l’excellent Simon Pegg qui découvre la vie d’agent sur le terrain et qui est « légèrement » à l’ouest, cette variation dans le ton apporte un bon vent de fraicheur et s’incorpore bien à la licence. Voir quelques symboles de la série revisités pour l’occasion (comme l’autodestruction des messages), c’est aussi ça que l’on demande à une bonne adaptation.

Pour une première réalisation en prises de vue réelle, Brad Bird (l’un des Monsieur Pixar, réalisateur des Incredibles et de Ratatouille entres autres) s’en sort vraiment bien. Bien sur, on sent que certains plans ne sont pas toujours parfaits, et que le montage parfois épileptique n’aide pas toujours, mais dans l’ensemble, la réalisation est correcte. Malgré quelques plans bateaux (la caméra survolant Dubaï ou montrant une tempête de sable), certains sont vraiment bien pensés (comme celui de la fontaine, permettant la liaison entre la séquence Hunt et la séquence Carter). Mention spéciale au générique qui réussit à la fois à scénariser l’allumage de la mèche emblématique des M:I et à montrer une bonne partie de ce qui va arriver dans le film, tout en évitant de trop en raconter. Un « premier » film qui laisse présager d’une belle carrière.

Ce nouvel épisode de Mission Impossible est une franche réussite à mon sens. Sans être une révolution ni le film à ne pas louper cette l’année, on assiste à un divertissement efficace qui aura tenté de se renouveler un peu tout en gardant une bonne partie de ce qui avait fait le succès de la saga : des scènes d’action complètement irréalistes mais plaisantes et un Tom Cruise au top de sa forme.