The Darkness 2

En 2007, Starbreeze (déjà auteur d’une excellente adaptation de la licence Riddick) sortait une première « relecture » du comic-book The Darkness. Si la presse avait plutôt été élogieuse, mettant en lumière la mise en scène du soft et le gameplay lié au Darkness et cela malgré de gros problèmes d’IA, le public avait plutôt boudé le jeu (en tout cas en Europe). C’est dire si l’annonce d’une suite a été une surprise pour pas mal de monde. Mais avec un changement de développeur (Digital Extremes, connu surtout pour ses portages de Bioshock PS3 et Homefront PC…) et un nouveau style graphique, l’optimisme n’était pas de mise…

Revenons rapidement sur le comic-book : celui-ci raconte l’histoire de Jackie Estacado, jeune membre de la Mafia qui découvre qu’il est devenu hôte du Darkness à sa majorité et qu’il l’a hérité de son paternel. Le Darkness, c’est une entité maléfique qui dote son possesseur d’immenses pouvoirs dès la nuit tombée et sous conditions qu’il se trouve dans l’obscurité. Porteur de la malédiction, Jackie va s’attacher à éliminer les clans adverses tout en s’opposant aux ennemis millénaires du démon : la Confrérie qui veut le récupérer pour ses propres desseins, et l’Angelus, dont sa destruction est son objectif ultime. Dans l’ensemble, le jeu vidéo reprenait ces bases, en tout cas celles de la vendetta personnelle de Jackie contre son oncle, et donnait la possibilité aux joueurs d’utiliser les pouvoirs extraordinaires du Darkness pour lutter contre les gangs : deux tentacules pour tuer les ennemis à distance et supprimer les sources lumineuses, et les Darklings, quatre familiers pour dynamiter, étriper ou fusiller les ennemis…

Le second épisode reprend quelque temps après la fin du premier volet : un joli résumé est d’ailleurs présent pour expliquer ce qu’il s’est passé durant la première aventure, étant donné que cet épisode est (sans trop spoiler) plutôt centré sur l’amour de Jackie et sur la Confrérie. La première chose à frapper est le changement visuel complet : fini le design sombre et réaliste du premier épisode, bienvenue au cel-shading à la XIII d’UbiSoft. Malgré une appréhension quant au résultat, il faut avouer que c’est vraiment réussi : les décors sont étonnamment colorés, avec des textures plutôt jolies (tant qu’on ne se colle pas trop au décor) et l’ambiance grave de la série n’est pas trop affectée par cette modification radicale du graphisme. Au contraire, le rapprochement avec le comic-book, lui aussi très lumineux même dans les passages se déroulant en pleine obscurité, est assez flatteur. Il convient tout de même de noter que la recherche des sources de lumière est parfois rendue un peu plus difficile par cet éclaircissement des environnements.

Ce changement s’explique aussi en grande partie par le coté beaucoup plus gore de ce volet : attention les yeux, vous allez repeindre un certain nombre de décors en rouge. Que ce soit par un affrontement armé ou par l’utilisation de vos pouvoirs, les ennemis vont avoir la vie, mais surtout la mort, dure. Membres déchiquetés, corps coupés en deux ou empalés contre un mur à l’aide d’une barre de métal, extraction du squelette par la bouche façon Mortal Kombat, le Darkness ne fait plus dans la dentelle. Finis les affrontements tactiques et détournés du premier jeu donc, on rentre maintenant dans le tas : gunfights à bout portant (les armes sont très classiques, on retrouve Uzi, Desert Eagle et flingue normaux pour les armes de poing, Kalash’ et MP pour les armes lourdes), mais surtout utilisation bien fun des tentacules. Une fois l’ennemi affaibli par un lancer d’objet en pleine face ou quelques balles, il devient possible de saisir l’ennemi avec le tentacule de gauche pour le lancer au loin, ou de déclencher une exécution sanglante (non pas sanglante, complètement dégueulasse !) qui redonnera au choix vie, munition, bouclier ou recharge pour ses pouvoirs. Le tentacule droit, lui, servira en tant que fouet, surtout pour déchiqueter tout ce qui passe à sa portée. Si l’on prend bien plus de plaisir à utiliser ces pouvoirs plutôt que les armes (qui ont en plus une visée plutôt imprécise), ceux-ci permettent aussi de gagner plus rapidement les points nécessaires à débloquer la totalité des compétences de Jackie : un arbre fourni qui octroiera de nouveaux pouvoirs (comme la Nuée pour déstabiliser les ennemis…) ou améliorera tout un tas de compétences (taille de chargeurs, rapidité de rechargement…). Disparition par contre des Darklings spécialisés, seul un vous accompagnera durant toute l’aventure.

Le maintenant traditionnel auto-regen est bien présent, mais géré de façon très habile. La vie ne se récupère que lorsque Jackie est dans le noir (tout comme ses autres pouvoirs, en fait) et par petits paliers. Ce sont les cœurs des ennemis abattus qui feront office de packs de santé, à récupérer directement sur les cadavres. Il faudra donc faire attention à ne pas trop abuser des finishs, puisque ceux-ci font disparaître les cœurs. Il devient ainsi inutile de rester trop longtemps planqué donc, dynamisant le jeu en obligeant le joueur à aller à l’affrontement.

The Darkness 2 ne serait qu’un sympathique défouloir s’il n’avais pas une immense force : sa narration. Si le premier épisode était déjà très doué de ce point de vue là, celui-ci dépasse toutes les attentes. Résumé intégré à l’écran titre ou au début du scénario, tutoriel très bien intégré à l’histoire et qui plonge directement dans le feu de l’action, tout est fait pour que le joueur entre rapidement dans l’univers d’Estacado. Sans compter le fait que les écrans de chargement, au lieu de présenter quelques artworks, sont de véritables petites cinématiques où Jackie lui même raconte des éléments de son passé. La progression du jeu, elle, révèle rapidement quelques surprises et alterne entre les déboulés de Jackie en ville pour trouver les informations dont il a besoin et d’autres séquences plus calmes et assez déroutantes… A vous de découvrir le fin mot de ces passages, sachant que deux fins différentes sont disponibles, mais qu’une seule représente le véritable ending… qui réserve une immeeeeeense surprise après le générique. L’ambiance est aussi magnifiquement mise en valeur par le travail fait sur l’aspect sonore du titre : le doublage VO est proche de la perfection ( VF pas testée, mais qui jouera en VF de toute façon !!!), et les bruitages sont juste délicieux : certaines exécutions à base d’os broyés et de flingue dans la bouche donnent des frissons dans le dos à chaque utilisation.

Malheureusement, le tableau n’est pas parfait : si on passe rapidement au dessus de menus défauts ( visée imprécise à la manette sans assistance comme souvent avec les FPS punchy et rythmé, scénario ma foi un peu bateau malgré les rebondissements), il en est un qui laisse un gout amer dans la boche : la durée de vie. Le scénario est en effet très très court, il ne faudra guère plus de 6-7h pour le finir en mode normal sans se presser et en regardant toutes les cinématiques. Et avec des combats aussi sympa, c’est clairement insuffisant et le temps passe bien trop vite. Et ce ne sont pas les reliques à découvrir, toutes à peine cachées, qui rallongeront le temps de jeu. Même un New Game + en difficulté Parrain (la plus haute) ne posera pas de gros souci, à part lors des quelques passages où les ennemis arrivent par grappe de 10.

Heureusement, le jeu offre quelques missions annexes, jouables en solo ou en coop’. Sans être d’une grande originalité, ce mode permet de rester un plus longtemps dans le monde du Darkness, avec quatre personnages qui se partagent les pouvoir spéciaux de Jackie et qui disposent de leur propre arme et arbre de compétences spécifiques. Une bonne idée malheureusement peu exploitée, avec des missions trop courtes et qui se limitent très vite à des vagues d’ennemis à abattre. Dommage quand on voit que l’histoire de ces missions s’intercalaient bien avec les actes du scénario principal, éclaircissant quelques points passés sous silence.

Gore, bourrin à souhait et doté d’une narration impeccable de bout en bout, difficile de passer à coté de ce Darkness 2. Malheureusement, sa durée de vie bien trop faible et son multijoueur anecdotique l’empêchent de devenir un must-have immédiat. Mais vous n’aurez vraiment aucune raison de ne pas y gouter une fois celui-ci passé à un prix plus en adéquation avec son contenu.

L’édition limitée de The Darkness 2 est disponible chez LDLC à un prix sympa, profitez-en !