Ghost Rider 2

Il faut avouer que depuis quelques années, le spectateur est plutôt gâté pour les adaptations de comic-books : des Batman somptueux, un premier Iron Man d’anthologie, du Spider-Man, du Thor, du Captain America et tout un tas d’autres super-héros adaptés fidèlement. Bref, on sent que les producteurs ont fait l’effort de donner au public ce qu’il voulait voir : de l’action, de l’humour, quelques gimmicks… Ce qui n’a pas empêché quelques très mauvais choix et autres ratages plus ou moins énormes (Elektraaaaaaaaaa…). Mais aujourd’hui, préparez-vous à entrer dans la catégorie supérieure : celle du film tellement mauvais que même TF1 n’en voudra certainement pas pour occuper ses samedis après-midi, j’ai nommé Ghost Rider 2

Il ne serait d’ailleurs pas étonnant que le personnage du Rider vous soit inconnu : Johnny Blaze est un cascadeur qui décide de signer un pacte avec Mephisto pour sauver son mentor malade, et qui, dupé par le Diable, devient démon la nuit, luttant contre les pêcheurs sous la forme d’un squelette enflammé. Un personnage à mon sens mineur de chez Marvel, souvent absent des grands cross-overs et autres histoires importantes, mais qui a la qualité de proposer des aventures bien différentes et un brin plus noires que les superhéros habituels. La première adaptation du personnage, datant de 2007, était objectivement assez mauvaise : si elle reprenait les origines du personnage de façon assez fidèle, le film était mou, très mou. Des combats dantesques qui se finissait après un unique coup, une histoire finalement très classique, une interprétation vraiment désastreuse (Nicolas Cage, si tu m’entends…), les seules choses qui sauvaient l’adaptation du carnage était une ambiance sympa (raaaah le Rider du Far West !) et des effets spéciaux réussis. Quand une suite « plus adulte » a été annoncée, on pouvait espérer une petite remise en question de la part des producteurs. Mais non, seul le Dieu « Licence » a parlé…

Synopsis (via Allociné):

Danny, jeune garçon porteur d’une prophétie, suscite la convoitise de Roarke, un homme mystérieux possédant de grands pouvoirs. On fait alors appel à Johnny Blaze pour se lancer à la recherche de l’enfant en lui proposant comme récompense de le libérer de son alter ego, le Ghost Rider. Poussé par le désir de lever sa malédiction et celui de sauver le garçon, le Rider parviendra-t-il à s’affranchir de la menace de Roarke ?

 

Évacuons tout de suite le scénario : tout a été dit dans le synopsis. Tout. Pas de rebondissement, pas de surprise, à peine plus d’action. Le film est désespérément vide et n’essaie même pas de le cacher. Tout se résume à « Je dois le trouver, poursuite, les méchants l’ont repris, poursuite, on se cache, poursuite ». Sérieusement, je n’ai pas vu un scénario aussi absent depuis bien des années. On est d’ailleurs plus près du reboot que de la véritable suite tant certaines scènes du premier opus ont été retournées et maltraitées. Alors on pourra toujours ressortir l’argument du « C’est un film de super-héros, l’essentiel n’est pas là, tant qu’on en prend plein les yeux, on ne va pas trop se plaindre ». Oui, OK, mais encore faut-il que le film donne son lot de séquences d’action, que l’on vibre devant l’écran devant moultes cascades et autres affrontements entre démons. Mais même pas ! Tout est prévisible, lent, on regarde le film en étant presque absent tant c’est mou. Et je passe les incohérences, du Rider qui se retrouve à l’hôpital (oui à l’hôpital ! Tu es le Rider mais tu n’encaisses rien…) après deux grenades mais qui résiste à un missile antichar sans problème, à la relation à la Terminator entre Blaze et le gamin, qui s’attache à lui alors qu’il lui a parlé deux fois, en passant par les personnages qui deviennent tous tireurs d’élite le temps d’une séquence (je suis moine, je me fais expulser d’une petite route par un 4×4, j’ai le temps de sortir mon arme et de crever les pneus d’une unique balle avant de passer au dessus de la rambarde, alors que je n’ai aucun super-pouvoir…)

Et ce n’est pas l’interprétation qui va relever le niveau : Nicolas Cage (non je ne l’aime pas) est objectivement apocalyptique dans ce rôle, aucun charisme, aucun jeu tout simplement. Il arrive à être ridicule lors des moments où il devrait inspirer la peur, froid lorsque il devrait montrer un peu d’émotion, bref, un contre-jeu parfait. Et ce n’est pas le reste du casting qui va remonter le niveau : entre la potiche qui ne sert à rien, le tueur beau gosse qui deviendra un démon moche et inintéressant, le moine mastoc et son lot de jolies phrases toutes faites et le gamin inexpressif au possible (non mais c’est l’héritier de Nicolas Cage du Diable hein, vous comprenez…), vous serez servis. Honnêtement, quand on se dit que l’acteur le moins minable dans cette production est Christophe Lambert, on a tout dit…

Autre énorme défaut du film : sa réalisation. J’ai toujours dit qu’un film ne pouvait pas être réalisé par deux personnes en même temps (exception faite des frères Wachowski, mais c’est un poil différent), et ce Ghost Rider 2 en est un exemple typique. Auteur des deux HyperTension (Crank en VO) avec Jason Statham, le duo livre ici un vrai « Sous-Tension » tellement on a l’impression de ne pas avancer dans ce qui sert d’intrigue. Mais même pire, les deux réalisateurs arrivent à rendre surchargé un film qui ne raconte rien : comme deux étudiants, on dirait qu’ils jouent avec les filtres, surexploitant chaque idée jusqu’à la rendre insupportable. Ainsi, tel personnage verra systématiquement son pouvoir faire passer l’image en noir et blanc, avec un grain énorme et des arcs en ciel (!!!) dans tous les sens. On ne compte pas non plus le nombre impressionnant de changement de plan par séquence : si le procédé est plutôt utile pour les séquences d’action pour donner une impression de rapidité, il est ici aussi employé dans les ennuyeuses discussions, donnant rapidement mal au crane devant tant d’angles de vues inutiles. De grosses fautes de gout nuisible à la visibilité de cet opus.

Le rendu des effets spéciaux est lui aussi très mauvais, il est assez simple de localiser les séquences faites par ordinateur (d’où les filtres pour les masquer un peu ?) tant elles ressemblent à du travail d’amateurs. Les quelques trouvailles du premier volet ont été complètement remaniées et vandalisées : fini le regard expiatoire qui brule l’âme et qui se traduisait à l’écran par des yeux noircis par exemple, maintenant rien ne se passe à part un individu qui prend feu à la fin… Seul le Rider lui même est impressionnant visuellement (avec son crane flambé et son costume qui bout littéralement) et encore, seulement lorsqu’il n’est pas en mouvement, tant sa démarche est lourde. Le travail sur les flammes est plutôt satisfaisant étonnamment, tant que de véritables flemmes ne sont pas à l’écran en simultané. Je ne parlerai même pas des cascades par simple décence… Si seulement on avait eu une véritable ambiance, noire, la seule chose de réussie dans le premier volet, avec quelques blagues (autres que juste un Rider qui urine tel un lance-flammes…), il y aurait eu moyen de faire quelque chose de moins lamentable. Là, on devra se contenter de quelques jolis paysages et de 10€ en moins dans le porte-monnaie.

Ghost Rider 2 est un mauvais film comme je n’en avais pas vu depuis longtemps. Pas de scénario, une interprétation abominablement mauvaise et des effets spéciaux faits par des étudiants en infographie, c’est une honte d’avoir produit un film pareil. Sérieusement, la prochaine fois, sortez-le en Direct 2 Video, ou même mieux, ne le tournez pas.