Shadows of the damned

Quand un projet signé Shinji Mikami / Goichi Suda est annoncé, difficile de ne pas baver un peu partout en imaginant ce qui pourrait être créé par ces deux monstres du JV japonais. Et même si le résultat n’est pas vraiment conforme au délire espéré, on a quand même le droit à un bon petit TPS de derrière les fagots.

Vous incarnez Garcia « Fucking » Hotspur comme il aime à se présenter, chasseur de démons de son état qui ne fait pas dans la dentelle et qui voit son amour être enlevé par Flemming, le roi des créatures de la nuit. C’est parti donc pour aller défier le patron sur son propre terrain et tenter de récupérer Paula, sa dulcinée. Une histoire terriblement classique étonnamment, et qui ne livrera pas tellement de surprise au cours de l’aventure. C’est l’un des principaux défauts du titre d’ailleurs : on avance tête baissée jusqu’à la fin du jeu, sans vraiment s’intéresser aux embuches qui se dressent devant soi. Au contraire, de l’action, vous en aurez ! Des démons de toutes sortes sont là pour défendre leur royaume, de l’espèce de zombie rapide que l’on prendra plaisir à démembrer aux espèces de bestioles plus proches du chien, en passant par les gros tanks qu’il faudra abattre en prenant son temps ou aux boss gigantesque qui obligeront à pas mal d’agilité pour s’en tirer en un seul morceau. Un bestiaire carrément réussi avec un aspect très glauque et à la limité du dérangeant. Le casting ne fait pas dans la dentelle et pas mal de petits détails sont carrément dégueux.

Sur la forme, SOTD colle pratiquement trait pour trait à l’ancêtre Resident Evil 4. Comprenez par là que Hotspur est vu de derrière, la caméra étant située juste au dessus de son épaule droite. Un système de jeu qui a fait ses preuves depuis quelques années et qui est toujours aussi efficace, mais qui aujourd’hui est peut-être un peu trop classique. On aurait aimé que Mikami donne un bon coup de pied dans la fourmilière pour cette nouvelle licence plutôt que de reprendre intégralement un système déjà éprouvé. On peut quand même se demander si ce système était le meilleur possible puisqu’une bonne partie des niveaux est cachée derrière le personnage. Il faut bien avouer que si ça colle parfaitement à un jeu comme RE et ses zombies plutôt lents (en général), c’est un brin plus pénible ici. Pas à en jeter sa manette par terre, mais parfois un peu frustrant. On retrouve aussi les même mécanismes d’esquives et de combat de contact pour le gameplay que dans les derniers RE, , et les même types d’architecture également pour les niveaux qui ressemblent tous à de gigantesques couloirs laissant peu de liberté. Même l’arsenal ne sauve pas le soft d’un énorme déjà-vu, puisqu’on ne pourra varier les plaisirs qu’avec les équivalents anti-démons d’un flingue d’un shotgun et d’une mitraillette. Décevant. Finalement les seuls moments de fraicheur gameplayement parlant (oui j’invente des mots si j’ai envie), ce sont les simili phases de shoot horizontaux complètement anecdotiques et façon vieux oldies qui surgissent vers la fin de l’histoire.

Pourquoi s’intéresser à ce Shadows of the Damned finalement, et surtout, pourquoi l’ai-je décrit comme un bon petit TPS ? Parce que si beaucoup d’éléments sentent le déjà-vu (et seulement le déjà-vu, intrinsèquement, ils sont bons, juste vus mille fois), il y en a un qui forcément doit vous faire acheter ce soft : son ambiance. Le jeu est complètement déjanté du début à la fin ( oui, il faut tirer dans des têtes de bouc suspendus pour éviter que les ténèbres ne tombent sur les niveaux et vous fassent perdre de la vie, rendant les monstres invincibles…) et part dans absolument tous les sens, mélangeant sexe, gore et rock n’roll avec brio. Attendez-vous donc à avoir de cruelles surprises : un bestiaire dérangeant déjà abordé, une jolie conquête qui se fera massacrer plusieurs fois tout au long de l’aventure ( pendue lors du prologue, elle sera démembrée et ouverte en deux de façon très crade maintes fois dans le scénario) et des décors qu’il faudra ouvrir en donnant à manger cervelles et yeux aux gardiens des portes et qui se rempliront de sang et de têtes coupées roulant sur le sol aux moments les plus inopportuns. Il faut bien avouer que cet effet est bien rafraichissant après avoir découvert à quel point le reste était (trop) rodé, même si votre cœur se soulèvera plus d’une fois. Mort et sexe seront d’ailleurs particulièrement liés tout au long de l’aventure : références à double sens, demoiselles se baladant en corset et porte jarretelles au beau milieu d’une rue déserte, téléphone rose du monde des démons, on fera un tour assez complet des « réjouissances » de la chair. Le must revient tout de même au moment où le compagnon de Garcia, un crâne enflammé, se servira dudit service d’appel aux call-girls pour faire level-up une arme, qui gagnera 2 mètres de canon et prendra le nom de Big Boner (Grosse érection). Un humour très particulier dont n’hésitera pas à nous faire profiter le fier Hotspur pendant le jeu, avec une tonne de répliques scabreuses mais terriblement cultes. Il faudra un bon niveau d’anglais pour ça, mais l’effort vaut le coup.

Si maîtres Mikami et Suda sont loin de leurs niveaux optimaux, il faut avouer que leur patte se sent bien dans ce Shadows of the Damned : un TPS extrêmement classique mais de bonne qualité, mais surtout munie d’une ambiance adulte et complètement WTF, bourrée de gore et de références sexuelles. A vivre en VO intégrale pour ne pas avoir des sous-titres parfois édulcorants.