La colère des Titans

Quand j’étais gamin, j’avais beaucoup aimé Le Choc des Titans version 1981, avec ses décors en carton pâte et ses effets spéciaux à la limite de l’artisanal. J’ai toujours eu un grand respect pour ce film (et aussi pour Jason et les Argonautes ) tant il respirait la passion et le travail bien fait. C’était kitsch, mais ça gardait de l’allure. Un peu l’équivalent péplum épique d’un Flash Gordon. Donc quand un remake a été annoncé, je suis forcément allé le voir et j’ai été très très déçu : un film mou, qui perdait tout ce souffle d’aventure qui faisait vibrer et qui devenait une production hollywoodienne sans âme. Les seuls points qui sauvaient à mon sens ce blockbuster était le casting (non, pas Sam Worthington, mais plutôt Gemma Arterton et Mads Miklelsen) et les armures divines inspirées par celles de St Seiya. Mais forcément, le film a marché auprès du grand public et une suite bien dispensable a vu le jour. Une bonne occasion de prolonger nos soirées nanars avec @Deloriand !

Synopsis (via Allociné):

Dix ans après avoir vaincu le monstre Kraken, au terme d’une bataille héroïque, Persée, demi-dieu et fils de Zeus, tente de mener une vie paisible dans un village où il est pêcheur et s’occupe, seul, de son fils de dix ans, Hélius.

Mais Persée ne se doute pas que les dieux se sont engagés dans une lutte de pouvoir qui menace son existence tranquille. Affaiblis par le manque de dévotion des hommes, les dieux risquent bien de perdre leur immortalité et de ne plus pouvoir garder le contrôle sur leurs redoutables prisonniers, les Titans, et leur chef cruel, Kronos, père de Zeus, de Hadès et de Poséidon : les trois frères ont détrôné leur père depuis longtemps et l’ont envoyé croupir au plus profond du Tartare, donjon situé dans les entrailles des Enfers.

Désormais, Persée n’a d’autre choix que d’accepter son destin lorsque Hadès et Arès, fils de Zeus, changent de camp et passent un accord avec Kronos pour capturer le roi des dieux. Tandis que les pouvoirs divins de Zeus diminuent, la puissance des Titans, elle, s’accroît, et les forces des ténèbres se déchaînent sur Terre.
Persée fait appel à la reine guerrière Andromède, au fils de Poséidon, le demi-dieu Agénor, et au dieu déchu Héphaïstos pour s’enfoncer dans les Enfers dans le but de libérer Zeus, de vaincre les Titans et de sauver l’humanité…

 

Bon, je vais être honnête, qualifier La Colère des Titans de nanar n’est pas mérité. En particulier parce que visuellement, ça a vraiment de la gueule ! Si les décors « terrestres » manquent un peu de caractère et restent trop proches de ceux du premier volet, c’est à dire des grandes étendues perdues au milieu de nulle part, le reste des environnements est plutôt réussi : que ce soit le Tartare, le labyrinthe qui y conduit ou la salle des statues qui sert à prier les divinités, c’est assez joli bien qu’un brin classique. Le tournage en argentique qui rajoute un beau grain à l’écran est d’ailleurs une excellente idée pour rendre ses décors bien plus réalistes. Mais ce sont surtout les effets spéciaux qui m’ont bluffé : c’est un quasi sans-faute tant les effets de fumée et de flammes sont bien calibrés. Seules les créatures mythiques ( Cyclopes, Manticore, Minotaure…) ne m’ont pas plu, cette touche de photoréalisme ne collant pas vraiment avec les personnages à mon sens, et cette 3D toujours complétement inutile…

Et en dehors de ça ? Ben pas grand chose malheureusement : comme son prédécesseur, le film est mou, mais atrocement mou !  Jonathan Liebesman voulait réaliser un « Gladiator avec des créatures » ? Ben c’est loupé ! Il a beau vouloir nous emmener dans différentes contrées, traverser les mers et le Tartare, combattre des ennemis fabuleux, on s’ennuie presque, parce qu’il n’y a aucun rythme, ni dans les scènes de dialogue, ni dans les scènes d’action. On suit bêtement ce qu’il se passe à l’écran sans vibrer, sans s’inquiéter une seule seconde pour un personnage. Déjà que le scénario n’était pas franchement folichon avec une situation de départ pas forcément étonnante et un traitement absolument prévisible, de la trahison à la réconciliation en passant par la mort de certains sidekicks, le bisou ou la scène où on veut te faire croire que Persée va perdre alors qu’il gagne dans la seconde qui suit (et répétée trois fois durant le film !) mais ce manque de rythme tue littéralement le film, qui n’est même pas soutenu par un score qui dynamiterait un peu les scènes d’action. Le réalisateur avait déjà bien compris le problème d’ailleurs :  qui a déjà vu une épopée durer 1h40 seulement ?

Sans compter aussi un certain nombre de défauts qui rapprochent cette production de la série Z plus que du blockbuster : des dialogues sans génie écrits par des enfants de six ans, qui n’ont même pas le bon gout de faire preuve d’un peu d’humour, des incohérences scénaristiques qui montrent que le montage a été fait à la va-vite ( comme Zeus qui demande à se battre en premier contre son père Cronos, et qui hurle « Enseeeeemble » à son frère le plan d’après; comme la lave qui reste brulante sur des kilomètres de « vol » pour ébouillanter les soldats mais qui se solidifie dans la seconde quand Persée la traverse à dos de Pégase…), les scènes clichés déjà évoquées plus haut dont on connaît déjà l’issue après quelques secondes, les personnages caricaturaux eux-aussi d’ailleurs, avec le héros, la fille et le partenaire voleur roublard. Bref…

Le casting non plus ne sauvera pas le film. Sam Worthington en tête fait du Sam Worthington. Comprenez qu’il ne montrera pas une seule émotion durant tout cet opus tout comme dans ces précédents films… Alors OK, il est grand, baraqué, il a la voix grave. Mais est-ce que c’est vraiment suffisant pour jouer un demi-dieu ? Je vais être honnête, j’oublie quelque chose. IL A DES CHEVEUX ! Sérieusement, je suis désolé de prendre quelques lignes pour en parler, mais qui a eu cette idée ? Est-ce que quelqu’un a réussi à regarder ce film sans sourire une seule fois à cause de ses cheveux ? Je ne veux même pas savoir si c’est une perruque ou ses véritables tifs tant la réponse me fait peur. Ce choix est d’un gout absolument désastreux et fait perdre le peu de crédibilité qu’aurait pu avoir Persée. Rosamund Pike a beau être bien jolie dans son costume d’Andromède, elle n’a pas la présence d’une Arterton pour assurer le premier rôle féminin du film. Sa prestation est oubliable, sans plus, tout comme celle du demi-dieu Agénor. Les Dieux s’en sortent un peu mieux même si leurs interprétations ne sont pas exceptionnelles : Fiennes est toujours bon dans les rôles de méchant, Neeson rend une copie moyenne/médiocre (et ce revival Gandalf, non sérieux…), Arès et Poséidon ne laisseront pas une grande trace cinématographique. Il y a du boulot pour le prochain volet déjà prévu…

 

Tiens, une dernière remarque pour la route : je veux bien que ce soit la suite du Choc des Titans, et que donc la locution « des Titans » doive être présente dans le titre de la suite pour que le public s’y retrouve tout ça, tout ça. Mais quand même appeler un film La Colère des Titans quand il y a UN seul véritable Titan et qu’il se réveille dans les 20 dernières minutes (en foutant un beau bordel, je le concède…), c’est un peu too much Mrs les scénaristes/producteurs/grands pontes du studio.

Vous pouvez faire l’impasse sur La Colère des Titans sans le regretter : même pour une soirée entre potes, ça reste bien faible pour se divertir. Ce n’est pas une catastrophe non plus, peut-être même n’est-il pas aussi mauvais que le premier, mais je vous le déconseille, surtout en payant le prix d’une séance 3D. Un jour, il faudra que les grands studios comprennent qu’un bel enrobage ne suffit pas : il faut aussi que le scénario tienne la route (qu’il y en est un déjà !) et que le film dégage un minimum de choses pour que le public soit content…