Battleship

Si ça continue comme ça, vous allez croire que je me spécialise dans la grosse daube. Bon, c’est vrai que j’ai toujours aimé voir de « mauvais films », et je n’ai pas été déçu avec Ghost Rider 2, La Colère des Titans et maintenant Battleship. Car oui, si vous voulez voir un blockbuster caricatural et symptomatique d’un genre qui s’essouffle, foncez…
(Je précise d’entrée que je n’ai jamais réussi à voir le premier Transformers en entier tellement je me suis ennuyé, et que je n’ai donc jamais regardé les deux suivants. Ceci explique certainement ma critique…)

Synopsis (via Allociné):

Océan Pacifique… Au large d’Hawaï, l’US Navy déploie toute sa puissance. Mais bientôt, une forme étrange et menaçante émerge à la surface des eaux, suivie par des dizaines d’autres dotées d’une puissance de destruction inimaginable.Qui sont-ils ? Que faisaient-ils, cachés depuis si longtemps au fond de l’océan ?

A bord de l’USS John Paul Jones, le jeune officier Hopper, l’Amiral Shane, le sous-officier Raikes vont découvrir que l’océan n’est pas toujours aussi pacifique qu’il y paraît.
La bataille pour sauver notre planète débute en mer.

(Je vous livre tel quel le magnifique travail d’Allociné, puisqu’il y a en tout et pour tout cinq vaisseaux, et pas « une dizaine », et qu’ils n’étaient pas « cachés depuis si longtemps au fond de l’océan » puisqu’on les voit atterrir au début du film… Bien joué les gars !)

 

Battleship, c’est donc un de ces blockbusters qui tachent et qui ne cherchent jamais à être très inspiré. Il suffirait de faire une brève checklist pour voir qu’il répond à absolument tous les (mauvais) critères du genre. Tiens, histoire de rire un peu, chiche ?

–   Un blockbuster manqué, ça commence forcément par le visionnage de sa bande-annonce. On nous fait miroiter un peu d’humour, des jolies filles, des explosions dans tous les sens et de l’action débridée, bref, de quoi passer un bon moment dans les salles obscures ou sur son canapé avec des amis. Ce qu’on vous cache soigneusement, c’est que tout ce qui est intéressant est déjà présent dans ce teaser de 2 minutes. Autrement dit, le reste sera largement dispensable et oubliable. Battleship réussit quelque chose d’encore plus fort d’ailleurs, en laissant la quasi-intégralité de ces séquences dans l’ordre, histoire de gâcher le peu de surprise que l’on pourrait avoir.

–   Le blockbuster raté, c’est ensuite sa séquence d’introduction qui sert à présenter son héros, forcément inconscient (et inconsistant) et un peu badass sur les bords, qui a envie de taper sur ceux qui l’embêtent et qui est un peu ridicule. On n’échappe pas à cette scène (qui s’éternise un moment d’ailleurs), avec un traitement très American Pie dans l’âme. Quand on sait que plus tard, ce sera combats, roquettes et aliens, c’est un peu étrange. On aura le droit au braquage d’une épicerie, au match de foot entre marins et à la petite romance avec miss gros lolos. Le pire, c’est que la fin du film se fera aussi sur ce ton, avec la presque-photo-de-promo. Déstabilisant et inutile.

–   Entrons dans le vif du sujet : un blockbuster, c’est principalement des effets spéciaux. Ici, difficile d’être déçu : on sent que le budget était au top de ce coté là (logique quand on sait que Hasbro produit, et que du succès du film dépend aussi certainement une future gamme de jouets, ah non, c’est basé sur le jeu de la BATAILLE NAVALE !!!), et dans l’ensemble, les boîtes de SFX ont réussi leur job. Ça pète, ça explose, ça ventile dans tous les sens et c’est assez joli. L’écran de protection qui fait son apparition au début du film est franchement impressionnant, et son déploiement vu depuis l’espace est nickel chrome. Les véhicules et autres armures sont bien réalisés et ont de la gueule, dommage que leurs déplacements soient aussi mal pensés  Bon, sans trop spoiler le film quand même (y’a pas grand chose à spoiler en même temps), vous en aurez pour votre argent si vous cherchez seulement à en prendre plein les mirettes. Il est quand même bien étonnant que certains environnements soient vraiment bâclés, la ressemblance avec des maquettes en plastoc faites à la va-vite est ignoble à l’écran (en particulier pour la scène de l’abordage du début du film, on dirait du polystyrène mal peint).

 

 

–   Mince, les effets spéciaux ont bouffé toute la thune ! On met ce qu’il reste de côté pour le casting et puis ben… Tant pis, on n’écrit pas de scénario ! Et oui, forcément, on ne s’est pas foulé pour expliquer tout ça. Un jour, les producteurs comprendront que le spectateur attend un minimum de ce côté là. Donc ici, rien, niet, nada. On se demande même comment l’introduction et la conclusion peuvent prendre tellement de temps tellement c’est vide. Je vous passerai les dialogues fins et ciselés (sérieux, les dialogues sont tellement creux que j’ai réussi à oublier la réplique que je voulais absolument pour mon article. En gros, les héros crient au danger 20 minutes après que tout ait commencé à péter…), pour parler directement des erreurs. Car oui, même sans scénario on peut accumuler les incohérences. Voici donc nos extra-terrestres qui ne tirent que sur les bateaux les attaquant genre ils sont sympa (on comprendra plus tard que, non en fait, on ne sait pas trop…) puis décident de sécuriser l’ile dont ils ont besoin en faisant imploser base militaire et…  autoroutes (??? WTF ???) avant de changer d’avis et de poursuivre comme des cons le seul bateau restant. Il y a peut-être une logique dans tout ça, mais les trois neurones qui ont survécu au début du film n’ont pas compris. Je ne cherche pas à savoir non plus pourquoi les trois civils encore présents sur l’ile envahie d’aliens décident de fuir, sont toujours à côté de leur voiture à 3h du matin, re-décident de fuir après avoir volé un truc aux aliens, sont toujours à côté de leur voiture à 8h du matin… et décident de rusher le camp des extra-terrestres, aidant la victoire un peu par hasard et évitant la destruction on ne sait pas trop comment (enfin si, je sais, la fille est blonde et aime le héros, ça explique certainement beaucoup de choses sur sa santé mentale).

–   Deux lignes sur la musique, ça suffira. Les musiques d’ambiance jouent sur les mêmes sons entendus mille fois, et on nous ressortira (heureusement !!!) quelques bonnes chansons rock de temps à autres. Fin

–   Ne pas oublier le casting : bien mélanger jeunes premiers ( Taylor Kitsch pour le rôle d’Hopper, pas mauvais mais assez lisse ) avec les vieux baroudeurs qui ont du mal à survivre en ce moment (Liam Neeson, qui me déçoit de plus en plus, dans un rôle heureusement anecdotique) sans oublier la star qui n’a rien à faire là (Rihanna, dont la prestation est insipide et dont le rôle n’a même pas à exister). Plus sérieusement, l’ensemble du casting ne se défend pas trop mal et assure le minimum, mais on ne devrait pas en retrouver beaucoup sur le devant de la scène dans les années suivantes.

–   Enfin, on ne peut pas faire un mauvais block sans un peu d’américanisme primaire : on parle de la Chine et de Hong-Kong juste pour dire qu’ils en ont pris plein la gueule (on peut les oublier ensuite) et on n’oublie pas de montrer que la Navy, c’est cool durant tout le film, avec des gros canons et des super navires. Là où le film atteint des sommets, c’est quand il nous ressort la scène où les vétérans sont récompensés de leur gloire passée (sur laquelle on s’attarde, forcément) et qu’il fait de ces mêmes vétérans les futurs sauveurs du monde avec la réhabilitation d’un antique navire de guerre qu’ils feront fonctionner. Réhabilitation sur fond d’AC-DC d’un cuirassé qui se trouve être le USS Missouri, sur lequel la paix américano-japonaise a été signée en 45 (comme par hasard) et sur lequel on mettra quelques japonais sauvés d’un précédent naufrage histoire de réécrire l’histoire tous ensemble. Sans oublier, non plus, l’handicapé noir qui aura un rôle essentiel (et qui permettra de montrer que oui, tout est possible: même amputé des deux jambes, tu pourras toujours mettre une charge digne d’un joueur de football US à un être venu d’ailleurs). Bien dégoulinant de « l’Amerique, c’est beau » donc.

OK, je ne suis certainement pas objectif, j’en profite pour casser quelques blockbusters qui m’ont déçu ces derniers temps, certes je me suis défoulé sur le film, parce qu’il est tard et que je suis fatigué, mais aussi parce qu’il est vraiment naze. N’y allez que si vous voulez voir quelques jolies scènes de BOUM BOUM et rien d’autre, sinon, vous risqueriez d’être très déçu.

Et histoire de rigoler un peu, la bande-annonce en VF :