Asura’s Wrath

Alors que la scène indépendante explose ces derniers temps (en bien ET en mal, vu certaines sorties foutage de gueule) et occupe pas mal du mien ( de temps), j’étais plutôt content de voir débarquer un gros titre, cet Asura’s Wrath dont les teasers me faisant baver un peu partout. L’idée d’un jeu bridé au niveau du gameplay pour laisser une plus grande place au scénario ne me dérangeant pas, c’est avec grand plaisir que je me suis laissé emporter…

Asura’s Wrath conte l’histoire d’Asura (original !), guerrier surpuissant et protecteur de la Terre aux côtés de ses compagnons, connu pour avoir tendance à devenir incontrôlable et à laisser libre cours à sa colère. Et lorsqu’il devient la victime d’un complot qui l’accuse de la mort de l’Empereur,  Asura est exécuté pour expier sa « faute » après avoir vu sa femme se faire assassiner et sa fille être faite prisonnière par ses ex frères d’armes. Mais le désir de vengeance et de justice qui continue de bruler en lui le fait revenir sur Terre, bien décidé à en découdre avec ses anciens amis qui ont acquis entre temps des pouvoirs quasi-divins et incommensurables… Un scénario terriblement classique donc, qui reprend le mythique thème du héros qui lutte pour sauver ce qui reste de ses proches en affrontant des connaissances intimes.

Le problème, c’est qu’on n’a jamais vraiment l’impression que les ptits gars de chez CyberConnect 2 veulent utiliser le background très riche créé pour le jeu, la dizaine de personnages qui ne demandaient qu’à être développés ainsi que la mythologie créée autour, empruntée en grande partie à l’hindouisme et au bouddhisme. Non, au lieu de ça, on se contente de recycler (avec réussite, certes) tous les poncifs du genre : le mentor devenu ennemi, la fille un peu cynique/sadique dont on ne sait pas trop quoi penser, les vrais méchants aux vraies têtes de méchants qui seront bien sur les premiers à tâter de la colère d’Asura… Si la nostalgie joue à plein tube, en particulier grâce à quelques petits artifices, il est regrettable de ne pas avoir tenter vraiment d’aller au fond des choses, avec un scénario véritablement ambitieux et/ou surprenant, les quelques coups d’éclat étant ici bien trop rares et prévisibles. Un bien mauvais point quand on mise beaucoup sur les qualités narratives d’un titre.

Heureusement, CyberConnect 2 a aussi réutilisé le rythme qui était insufflé aux épisodes de DBZ ou de St Seiya dans les années 80/90. Comprenez que le rythme global est très lent et que le soft est très clairement orienté sur les combats contre les boss (au détriment du reste, mais j’en reparlerai), jouant ainsi sur les temps forts et les temps faibles des affrontements pour dynamiser l’ensemble et faire passer la pilule. Même si les dialogues ne sont pas exceptionnels, il est toujours plaisant de voir l’action stopper pour que démarre une joute verbale jouissive. Mieux,  les dialogues distillent une certaine tension qui petit à petit fait monter la sauce et fait que le joueur reste les doigts collés au pad. Il faut reconnaitre d’ailleurs qu’ il est assez fort que de faire accrocher le gamer à une histoire qu’il a sans doute déjà vu 20 fois. Le choix de faire de ce Asura’s Wrath une sorte de cinématique géante s’imposait donc comme une évidence, de façon à tenir la main du joueur et de le guider précisément pour lui livrer les bonnes choses aux bons moments.

Car sans surprise, le jeu édité par Capcom ne laisse que peu de liberté et relègue presque le joueur au rang de spectateur. Les 18 niveau/ Sûtras reproduisent pratiquement tous le même schéma : quelques séquences de beat’em all en arène fermée contre un nombre très limité d’ennemis, à la rigueur une scène de shoot’em up plus aérienne alors que le personnage est en chute libre mais rien de bien trépidant pour vraiment faire participer le joueur entre les nombreuses cinématiques. Ces scènes, qui auraient du être nerveuses et rapides pour exprimer la toute puissance du héros, se retrouvent empêtrées dans un faux rythme qui élimine tout intérêt. Asura est ainsi extrêmement lourd à déplacer (et ce n’est pas la caméra aux déplacements aléatoires qui aide), pare avec beaucoup de difficulté dans le bon tempo et ne possède qu’un éventail de coups/combos famélique. Pire, la plupart ne sont même pas utilisables pour avancer efficacement et on se met à reproduire systématiquement les mêmes séquences de touches… Puis vient le véritable coeur du jeu, le boss à combattre. Et c’est ici que le jeu devient vraiment addicitf : reprenant la même palette de coups que précédemment, l’utilisation d’un système de patterns à retenir rend le tout rudement plus agréable. Couplé au rythme narratif évoqué, on se prend vraiment au jeu de ces duels mortels.

Et ce qui les rend encore plus légendaires, et je vais en faire hurler plus d’un, c’est l’utilisation de QTE pendant les cinématiques. Non seulement ils rajoutent de la tension en obligeant le joueur à être toujours sur ces gardes (et bon Dieu si certains sont placée à des moments improbables) mais ils participent activement à la narration choisie en transmettant au spectateur une certaine toute puissance : rien de mieux que de voir un colosse se faire étaler d’un coup de poing par la pression d’un seul bouton dans le tempo pour prendre son pied. Malheureusement, le tempo est bien trop permissif pour que le joueur  sente réellement (encore une fois) un quelconque challenge dans cette histoire interactive. Il devient extrêmement difficile de louper un QTE, et même, cela n’aurait aucune incidence sur le déroulement du récit. Mais c’était une concession nécessaire à mon sens pour exacerber les émotions et le ressenti du gamer.

L’ambiance du titre doit aussi beaucoup aux choix graphiques et musicaux qui ont été faits. Esthétiquement, Asura’s Wrath est extrêmement soigné et en mettra plein la vue à tous. Jouant parfaitement la carte manga/animé, il est difficile d’attaquer techniquement le soft vu la qualité de l’animation, du trait à effet crayonné et des divers effets spéciaux qui émailleront l’aventure. Seuls les décors particulièrement vides étonnent un peu lors de la première traversée, mais on n’y fait plus attention très rapidement. Le character design est lui aussi impeccable et la galerie des personnages principaux impressionne par sa cohérence et leur charisme. Les doublages ne sont pas en reste, avec une excellent interprétation de tous les comédiens (en tout cas en langue japonaise). Et que dire de la sublime BO (et du magnifique thème principal), qui réussit à alterner musiques japonisantes, grands airs du classique et tonalités western tout au long des chapitres, continuant à insuffler un esprit épique à la totalité du jeu. Il devient très dur de rester insensible au jeu lorsqu’on a gouté à un duel fratricide sur fond de mélodie du Nouveau Monde de Dvorak…

Du point de vue de la durée de vie, il faut reconnaître que le jeu se parcourt en ligne droite et est donc extrêmement court. Si il est possible de refaire un grand nombre de fois l’histoire en changeant certains attributs ou la difficulté pour débloquer un ultime chapitre, le jeu reposant sur une notion de scoring suivant trois critères, il est décevant de ne pas passer plus de temps dans cet univers, et surtout, de ne pas avoir quelque chose de plus consistant à se mettre sous la dent.

Asura’s Wrath fait partie de ces softs qui diviseront encore et toujours, séparant ceux qui veulent un « vrai » jeu où le gameplay est prépondérant de ceux qui acceptent de baisser leurs exigences pour vivre une aventure particulière. Si il décevra une bonne partie des joueurs qui ne rentreront pas dans le concept, il vaut quand même le coup d’être vécu pour son ambiance particulière et l’énergie qui s’en dégage. Tout en étant conscient des énormes lacunes qu’il a, je peux difficilement cacher que ce jeu différent m’a énormément plu, comme un revival des animés de mon enfance, complètement épique, délicieusement WTF par moment, et donnant le temps de quelques heures l’impression d’être surpuissant.

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