The Dark Knight Rises

Batman par Nolan, acte III. Après un très bon Begins et un Dark Knight qui avait été encensé par la quasi-intégralité des spectateurs et des critiques tout en apportant une prestation ébouriffante de Heath Ledger dans le rôle du Joker, la relève pour un final flamboyant s’annonçait extrêmement compliquée… Comment s’affranchir du volet précédent ? Comment continuer à exploiter tout de même les jalons posés pendant les deux premiers films ? C’est ce que Nolan a réussi en évitant de tomber dans la facilité…

 

Synopsis (via Allociné):

Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S’accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l’arsenal de lois répressif initié par Dent.

Mais c’est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l’arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l’exil qu’il s’est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n’est peut-être plus de taille à affronter Bane…

Le choix de l’opposant au Chevalier Noir était sans doute le plus grand défi de ce Rises : il fallait trouver un personnage qui puisse être suffisamment emblématique pour effacer les restes de Double Face et du Joker et qui ait un style bien différent pour ne pas tomber dans la caricature facile. En ce sens, le choix de Bane est une excellente idée : un personnage plutôt méconnu du grand public, ce qui laissait donc de quoi broder autour de son existence, mais aimé des connaisseurs, ce qui obligeait à un certain respect de son histoire. Exit donc le Bane idiot et ridicule qui avait été massacré dans Batman & Robin, exit la force brute de la série animée, on retrouve ici un personnage très proche de ce qui a fait son succès dans le comic-book.

Après un Begins qui lorgnait très fort du côté de Year One, au point de lui « voler » pratiquement plan à case sa dernière scène, et un Dark Knight qui avait un petit gout de Killing Joke, c’est donc la mythique histoire Knightfall qui se trouve être ici l’inspiration principale. Et on pourrait presque parler d’un hommage de Nolan, comme pour ses précédents films, tant il évite le plagiat pour ne reprendre que quelques idées importantes. Bane est donc ici aussi machiavélique que puissant, donc pas seulement un tas de muscles, et n’a qu’un seul but : rayer Gotham de la carte, en ayant au préalable détruit le Batman psychologiquement et physiquement. Si l’interprétation de Tom Hardy aurait pu (du?) être un brin plus brutale, il faut avouer que l’acteur s’en sort assez bien : ses premières apparitions sont marquantes et sa puissance impressionne. Néanmoins, il est dommage que Bane passe au second plan ensuite, et se fasse nettement plus discret, délaissé comme un vulgaire jouet. Mais surtout, c’est un incroyable choix qui tue le personnage : son doublage, aussi bien VO que VF. Impossible de ne pas penser à un Dark Vador du pauvre en l’entendant parler. Alors oui, manier un personnage comme Bane doit se faire avec du doigté, en ne le surexposant pas mais il est particulièrement frustrant de voir la tache presque accomplie ruinée par un choix artistique très discutable…

Nolan profite de cette conclusion pour introduire plusieurs autres personnages dans son casting, connus ou non des amateurs de comics. L’ajout qui leur parlera le plus est celui de Selina Kyle. Non, pas Catwoman, puisque son nom n’est jamais mentionné tel quel, Nolan continuant son travail de réalisme en évitant un nom trop « super-héroïque » pour une femme présentée comme une simple voleuse. Après une prestation magnifiquement féline de Pfeiffer dans le film de Burton, c’est donc le côté femme qui est mis en avant. Et une femme délicieusement vénéneuse, cambrioleuse de génie superbement campée par une Anne Hattaway à la fois charismatique et discrète, raffinée et insaisissable. Une vraie réussite qui fournit à Batman un alter ego toujours borderline qui lui résiste et dont il avait bien besoin. Au passage, son costume, qui ne m’avait pas séduit lors des premières photos de tournage, est finalement plutôt ingénieux puisque ce sont les lunettes relevées qui recréent les oreilles de chat… Deux petits nouveaux débarquent aussi en les personnes de Miranda Tate ( Marion Cotillard, dont le pouvoir à l’écran est toujours aussi impressionnant, mais dont le jeu frôle comme dans Inception le ratage total…) et John Blake ( Joseph Gordon-Levitt toujours impeccable), personnages qui auront leur (grande) importance durant le long-métrage mais chuuuut, je n’en dirais pas plus…

Pourquoi donc insister lourdement sur tous ces héros ? Parce que Nolan a semblé délaisser un peu la ville de Gotham, pourtant au centre de l’histoire, bradant même quelques passages (avec des alternances jour/nuit complètement improbables), pour se recentrer sur les protagonistes. Et comme dans ses précédentes réalisations, il prend son temps pour présenter toutes ses pièces, puis les placer correctement sur le grand échiquier pour préparer un énorme final. Et c’est ce qui porte préjudice au début du film : un rythme beaucoup trop lent, où l’on s’ennuie presque à voir tout se dérouler trop parfaitement, sans surprise. Un mal nécessaire, certainement, mais qui empêche de se plonger directement dans une histoire qui n’est pas aidée par un Gordon/Oldman peu inspiré.

Mais dès lors que toutes les pièces du puzzle sont en place, disons après une petite heure laborieuse, le film trouve son souffle, alors que le spectateur perd le sien. La tension monte crescendo, les affrontements attendus se font délicieusement languir, le scénario se dévoile par petites touches, laissant chacun des protagonistes avoir son moment de gloire, ou du moins son importance. Difficile de retranscrire par des mots ce qu’il se passe durant ces deux heures, mais le tout est remarquablement maitrisé, Nolan joue merveilleusement bien avec le public, lui donnant un morceau de ce qu’il attend pour mieux lui enlever, lui montrer que ce qu’il envisageait comme l’apogée n’est en fait que le début de quelque chose de plus grand, de plus gros, de plus impressionnant (bon Dieu cette scène du stade, qui me donnera des frissons encore pour les 50 prochains visionnages). La preuve de cela ? N’importe quelle personne ayant lu Knightfall attendra fatalement de voir ce qu’aura fait le réalisateur de cette scène emblématique liant Bane et Batman (si je vous dis KRAKT ! ?). Et difficile de ne pas être surpris par son traitement…

Alors oui, un amateur de comics anticipera une bonne partie des rebondissements, mais vibrera tout autant si ce n’est plus que le spectateur lambda. Parce qu’il aura le plaisir d’être mené lui aussi en bateau, de voir ce qu’il attendait se diluer petit à petit… pour laisser la place à ce qu’il n’attendait plus ! Car pour la première fois, Nolan, en plus de faire écho au reste de la saga, place certaines références que l’on n’espérait plus. Les quinze dernières minutes sont réellement éprouvantes et font partie à mon sens des plus belles conclusions du cinéma avec ce petit clin d’oeil en direction du fan, un clin d’oeil à la Nolan avec toujours cette pointe de doute.

Reste à préciser que rarement un film et son score ont été aussi indissociables. Si Hans Zimmer prend très peu de risque et livre une partition extrêmement classique, elle n’en est pas moins terriblement efficace. Que ce soit la reprise du thème de Batman, ou les variations toutes en percussions dédiées à Bane, le travail est admirable et contribue un peu plus à nous désorienter durant les scènes « actives » du film. Je pourrais encore parler de nombreuses lignes de ces plans aériens magnifiques, de ces trop rares scènes de combat qui prennent aux tripes, de ce Bale extrêmement froid que je n’aurai jamais imaginé dans ce rôle et qui m’aura donné cent fois tort. Mais non, la seule chose qu’il faut retenir, c’est qu’on s’en fout si le film a des défauts, si on a envie de râler sur un des choix du réalisateur, non, ce qui compte vraiment, c’est ce malaise quand le film s’arrête, cette boule au ventre quand la dernière note retentit, cette petite larme au coin de l’oeil qui fait comprendre que tout est fini. Enfin, fini jusqu’à la prochaine séance…

The Dark Knight Rises sera sans aucun doute possible l’épisode le plus controversé, celui qui se fera haïr de ceux qui attendaient un Dark Knight bis plutôt qu’une vraie conclusion à la saga. Mais personnellement, pour certains plans grandioses, pour les scènes que j’attendais depuis si longtemps et qui auront réussi à me surprendre, pour les références que j’espérais sans vraiment trop y croire (et cela même si ce sont de petites incartades au mythe du légendaire Chevalier Noir), il restera la conclusion parfaite d’une trilogie bien sombre qui vient d’entrer au Panthéon du cinéma.