10 livres pour un bon début d’été

Maintenant que ce sont les vacances, et que j’ai enfin du temps pour moi, il était temps de se remettre un peu à la lecture. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais depuis que j’ai un emploi, j’ai énormément de mal à lire un véritable ouvrage : j’ai l’impression de perdre mon temps et ça m’embête vraiment vu comme j’aime lire. Et comme les conditions étaient très largement réunies (temps un peu pourri, double otite qui m’obligeait à rester tranquille, mal de tête récurrent qui m’empêchait d’aller faire chauffer la PS3, flemingite aigüe), j’ai pu rattraper un peu de mon retard au travers de 10 ouvrages de genres bien différents. Et les 10 critiques éclairs, c’est maintenant !

Batman Year One

Comic 1, Batman 1. Comme son nom l’indique, Année un s’attarde sur les premières aventures du Chevalier Noir, le retour de Bruce Wayne à Gotham et la création du mythe Batman. Mais en parallèle, c’est aussi l’arrivée de Jim Gordon dans la cité qui est contée au lecteur, les erreurs et les errements d’un flic qui devra affronter à la fois une ville dangereuse et ses collègues malhonnêtes, et qui trouvera un allié de poids dans sa lutte.

J’avais eu beaucoup de mal à le lire à ma première découverte, il y a un bon moment, mais cette relecture m’a donné une toute autre impression. Comme toujours, le véritable héros de Frank Miller est sa ville, corrompue, sale et presque effrayante, les personnages n’étant là presque que pour la mettre en lumière, ou plutôt la plonger un peu plus dans l’ombre. Et ça fait du bien de voir un Batman où la Chauve-Souris n’est pas forcément le personnage principal, mais plus un intervenant régulier, Gordon ayant la place la plus importante de l’histoire. On sent d’ailleurs se mettre en place quelques éléments qui seront repris pour Un Long Halloween, avec la place prépondérante des mafias de Gotham.

Au dessin, Mazzucchelli livre aussi une sacrée performance : toujours aussi sobre, il impose un style, tout comme sur Daredevil toujours avec Miller, qui semble ne pas vieillir et impressionne toujours autant. Et le choix des couleurs, en particulier pour ces fameuses scènes de nuit toutes en ombres fait toujours effet. Une grande histoire pour deux grands personnages. A noter, la très jolie initiative de Urban qui, en plus d’une réédition de qualité, offre dans la première édition le DVD ET le BluRay de film d’animation Year One.

Batman Knightfall

Comic 2, Batman 2. Moi qui adore les histoires qui font intervenir toutes la galerie des villains d’un héros (comme Hush, comme Un Long Halloween…), forcément, je ne pouvais qu’adorer ce Knightfall. Je n’en dirai pas beaucoup pour ne pas spoiler ceux qui n’auraient pas vu The Dark Knight Rises qui s’en inspire sur certains points, mais vous en prendrez plein la vue avec ce plan de génie mitonné par Bane.

Un méchant charismatique, le retour des plus beaux opposants du Chevalier Noir, un Batman épuisé et à la limite de la rupture, un Robin désœuvré qui a du mal à intervenir, et surtout, l’une des conclusions les plus marquantes de l’histoire de la BD américaine. Foncez !

Secret Wars

Comic 3, Marvel 1. Retour dans l’univers de la Maison des Idées avec LA Guerre Secrète menée par le chef du S.H.I.E.L.D Nick Fury (et à ne pas confondre avec les beaucoup plus anciennes Secret Wars cosmiques, premier grand crossover de l’éditeur), qui décide d’attaquer la Latvérie de Fatalis après avoir mis à jour un complot secret visant à équiper de très haute technologie une tripotée de villains mineurs… Sauf que… Une année jour pour jour après l’intervention restée secrète, des attaques bien ciblées se font sentir dans le monde des super-héros. Pourquoi ?

Au scénario, Bendis livre une histoire honnête, pas forcément sa meilleure, mais suffisamment attrayante pour nous faire passer un bon moment. La construction très particulière du récit, avec ses flashbacks pour éclaircir quelques situations, est plutôt agréable, à une époque où elle n’était pas encore sur-utilisée. Surtout, c’est l’occasion de donner une histoire un peu plus politique et de montrer un peu plus de la véritable personnalité de Fury, jusque là assez cachée. Petite mention pour les fichiers S.H.I.E.L.D présents tous le long du récit et qui coupent intelligemment la progression

Au dessin, c’est un Dell’Otto en grande forme que l’on retrouve et qui livre là quelques unes de ses plus jolies cases, et que la colorisation sublime. C’est dynamique, ça régale les yeux et joue très bien sur les différents tons pour en mettre plein la vue. Du Marvel pas prise de tête au sommet de son art.

Replay

Replay de Ken Grimwood est véritablement l’un de mes livres fétiches, l’un de ceux que je relis très régulièrement en y trouvant toujours le même plaisir. J’en avais d’ailleurs déjà parlé ici l’année dernière pour vous le présenter, et je n’insisterai donc pas sur l’histoire. Mais je suis toujours impressionné de voir que plus je le relis, et plus je découvre certains détails qui rendent l’histoire toujours plus riche et surprenante. Typiquement le genre de roman qui se dévore sur la plage en une après-midi et que l’on est incapable de lâcher tant que la conclusion n’est pas tombée.

Yoshihisa Kishimoto : Enter the Double Dragon

Le coup de cœur bouquin de mon été, sans aucun doute. Kishimoto est le créateur, entre beaucoup d’autres, de la saga Double Dragon. Et avoir la chance de voir et d’entendre cet homme en interview en salle presse durant la Japan Expo m’a vraiment donné envie d’en savoir plus sur l’homme derrière. Direction le stand Pix n’Love pour m’offrir sa biographie donc, et savoir que Florent Gorges s’en chargeait a fini de m’en convaincre (Florent et Yoshihisa vendaient d’ailleurs leur livre avec beaucoup de brio, difficile de leur résister !).

Et cette biographie est à couper le souffle : déjà parce qu’elle est particulièrement bien écrite et très riche en photos, quelque chose que j’apprécie toujours pour m’imprégner d’une culture qui n’est pas la mienne. Mais surtout l’histoire de Yoshihisa Kishimoto est surprenante : c’est une vraie vie de personnage de roman, celle d’un petit garçon timide et transparent qui deviendra un voyou respecté dont on comprend les évolutions au détour de ses rencontres et découvertes, des Bay City Rollers en passant par Bruce Lee, et l’influence que toute son enfance aura sur son parcours professionnel, lui faisant créer le genre du beat’em all.

Un livre bourré de jolies phrases et d’anecdotes savoureuses pour un grand personnage du jeu vidéo bien trop méconnu, dont l’écrin de l’édition collector contient de nombreux bonus, comme un Print dédicacé, des musiques remixées de ces plus grands jeux et un DVD reprenant des reportages sur sa vie..

Le rire du Cyclope

La déception de cette sélection, mais en même temps le seul que je n’ai pas encore terminé. Werber a été l’un des compagnons privilégiés de la fin de mon adolescence, et ses histoires m’ont accompagné tout le temps où je devenais adulte. J’ai gardé de certaines de ses œuvres, comme « les Thanatonautes » ou « Nous les Dieux » des souvenirs exceptionnels, avec des histoires passionnantes toujours à mi chemin entre le roman d’aventure et le récit initiatique, bourrées d’anecdotes scientifiques, de références à d’anciens textes et souvent empreintes d’un certain mysticisme.

Et même si ce « rire du Cyclope » semble repartir sur ces mêmes bases en réempruntant des personnages déjà utilisés auparavant, je n’y ai pas retrouvé la même magie, le même étonnement. Même le style de l’auteur que j’aimais beaucoup, à base de chapitres parfois très courts, de coupures le temps de placer une citation ou une histoire annexe et autres rebondissements m’a semblé plus lourd que dans ma « jeunesse ». Manque d’originalité ? Évolution de ma part ? Je ne saurais pas dire…

Mais il est clair que je n’abandonnerai pas en cours cette nouvelle aventure de Lucrèce et Isidore, qui enquêtent sur un célèbre comique, le Cyclope, mort d’avoir vouloir posséder un coffret qui aurait contenu une arme ultime, et dont le thème, le rire, pourrait se révéler à terme très surprenant…

La mécanique du cœur

Pour beaucoup, La mécanique du cœur est un album du groupe Dionysos sorti fin 2007. Un très bel album rock qui tient énormément du conte dans sa construction et sa thématique. Pourtant, il est lié au roman de Mathias Malzieu du même nom sorti juste avant et bien moins connu, et qui fait de l’album sa « bande-son ».

Jack naît à Edinbourg le jour le plus froid du monde, et voit son cœur geler aussitôt. Pour le sauver, le Dr Madeleine lui greffe une horloge à la place du cœur, obligeant Jack à se priver de toute émotion trop forte qui pourrait dérégler l’étrange mécanique qui le tient en vie, en particulier en faisant attention à ne pas tomber amoureux… Abandonné par sa mère, recueilli par le docteur, il rencontrera un grand nombre de personnages particuliers, dont Miss Acacia qui lui fera ressentir de drôles de choses pour la première fois, mettant son cœur en danger.

Difficile de ne pas penser à Tim Burton en parcourant les pages de cette histoire : une ambiance fabuleuse qui semble jongler entre le gothique et le western, un soupçon de poésie qui laissera difficilement insensible et une galerie de personnages haut en couleur. A découvrir absolument avec l’album dans les oreilles, qui fait intervenir une flopée d’invités (Jean Rochefort, Grand Corps Malade, Emily Loizeau, Alain Bashung, Arthur H, Olivia Ruiz…), ou en même temps que les autres ouvrages de Mathias Malzieu. En attendant l’adaptation en film d’animation prévue pour l’année prochaine.

La page blanche

Retour à la case BD (jeu de mots jeu de mots…) avec la Page Blanche, la collaboration entre Boulet et Pénélope Bagieu dont j’attendais beaaaaaaaaucoup et que je me suis offert lors du passage de Boulet au Festival d’Animation d’Annecy ! Le pitch est tout simple : un banc, une demoiselle et une mémoire envolée. Que faire ? Comment réagir ? Comment savoir ce qui est arrivé et comment retrouver son existence ?

Alors que l’idée de base est très intéressante, même si elle n’est pas particulièrement originale, le développement s’épuise trop rapidement à mon gout. C’est très loin d’être mauvais hein, mais Boulet n’a pas su insuffler ce petit quelque chose qui fait qu’on vibre jusqu’au bout. Certainement parce que le dénouement m’a laissé sur ma faim en fait : j’aurai voulu une conclusion plus tonitruante à ce récit solidement ancré dans la quotidien, comme pour dire « Hé, ce qui est la vraie vie peut aussi se révéler surprenant ». Au lieu de ça, Boulet nous offre quelque chose de certainement plus réaliste, plus psychologique et qui colle sans doute plus à l’ambiance générale du livre, mais qui oublie ce zeste d’aventure qui donnait envie au départ. Dommage…

Par contre, je suis toujours aussi fan du style de Pénélope : je trouve qu’elle a un vrai don pour faire passer des émotions, avec des personnages particulièrement expressifs sans jamais en faire trop. J’aime sa façon de dessiner la vie réelle avec ce vent de fraicheur, ces mimiques qui parlent, ces instants qui font sourire. Au final, La Page Blanche est un livre que je vous invite à découvrir pour sa tout de même très jolie histoire. Maintenant Pénélope, tu viens sur Annecy, j’ai un bouquin à te faire dédicacer !

Absolument dé-bor-dée

Ah, les fonctionnaires et la réputation de feignasse qui leur colle aux fesses. Quand on a un pied dans l’Education Nationale, c’est quasiment quotidiennement qu’on entend des réflexions pas toujours justifiées sur son métier. Mais pour être honnête, certains aspects du métier surprennent les premières fois qu’on y est confronté, en particulier les réunions/groupes de travail, et encore plus quand des intervenants extérieurs débarquent… Ou comment perdre 4h pour établir des contrats qui défoncent des portes ouvertes et ne serviront pas à grand chose…

Absolument dé-bor-dée, c’est le journal tenu par l’auteure devenue fonctionnaire territoriale et décrivant toutes les absurdités qui se passent dans sa mairie. Du rapport de 2 pages à rédiger en une semaine aux réunions où personne n’écoute ce qu’il se passe, en passant par les fonctionnaires tous plus étranges les uns que les autres (pour ne pas dire débiles), Zoé Shepard (oui c’est un pseudonyme) conte son quotidien au travers de ces anecdotes difficilement imaginables tant elles semblent sorties du sketch d’un mauvais comique.

Difficile de ne pas sourire à la lecture de cet ouvrage d’ailleurs, même si la consternation n’est jamais très loin. Il faut dire que le ton désabusé, subtil et très second degré de Miss Shepard est un vrai bonheur pour suivre ses pérégrinations qui la mèneront jusqu’en Chine. Et la suite qui débarque en septembre risque d’en rajouter une bonne couche. Bref, à lire absolument, rien que pour cette magnifique introduction qui m’aura rappelé mes propres passages de concours.

Battle Royale

Batte Royale, vous en avez forcément entendu parler, que ce soit grâce au film qui a eu un bon succès populaire, ou par la série de livres Hunger Games dont l’auteure avait été soupçonné de plagiat. Mais au départ, ce n’est ni un film, ni un manga (que je n’avais pas trouvé terrible), mais bien un roman écrit par Koshun Takami.

Tout le monde connaît l’histoire : une classe d’adolescents forcés de participer à un étrange jeu où ils doivent assassiner leurs camarades, chacun recevant une arme qui va du jeu de fléchettes au fusil à pompe, en passant par le gilet pare balles et un lot de grenade. Si ils sortent des limites imposées, ils sont abattus, si ils décident d’arrêter le carnage, ils sont abattus, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un seul. Jusqu’où seront-il prêts à aller pour s’en sortir ? Qui croire ? Le roman joue très rapidement sur cette alternance action/psychologie pour nous faire comprendre dans quel état d’esprit se trouvent les concurrents, où vont se rencontrer l’hypocrisie, l’hystérie, la méfiance et la crainte jusqu’au dénouement… surprenant.

Bourré de rebondissements, de personnages auxquels on s’attache pour les voir mourir quelques pages plus loin et de situations dont on a hâte de voir comment elles vont évoluer, surtout vu la psychologie très complexe des participants au jeu, c’est un sacré roman auquel on a droit ici, bien supérieur aux adaptations qui en ont été tirées. A découvrir !