Sleeping Dogs

Alors que GTA V commence tout doucettement à se révéler au travers de quelques screenshots, c’est un autre jeu à monde ouvert qui a fait parler de lui ces derniers temps. Sleeping Dogs, c’est ce jeu qui était censé être le nouveau True Crime et qui a été abandonné par Activision avant d’atterrir chez Square-Enix courant 2011. Et depuis cette reprise en main, difficile de ne pas cacher son impatience de toucher au titre, tant ce qui a été montré était alléchant. Pourtant, les développements chaotiques n’ont pas l’habitude de fournir des softs de grande qualité. Qu’en est-il vraiment ?

Sleeping Dogs, c’est l’histoire du retour de Wei Chen à Hong-Kong, lui qui a émigré aux Etats-Unis dans son enfance et y est devenu flic. Mais s’il revient dans la ville qui l’a vu naître, ce n’est pas en tant que touriste, mais bien en tant que représentant de l’ordre, chargé d’infiltrer les triades pour lesquelles des amis d’enfance travaillent aujourd’hui et les faire tomber de l’intérieur. Chen va donc devoir gagner la confiance des mafieux locaux tout en soignant sa couverture, malgré les nombreux imprévus…

Cette double orientation se ressent forcément sur les missions proposées par le jeu : d’un côté la trame principale se centre sur la progression de Chen au sein de la triade, sur ses rencontres et les nombreux liens qu’il va nouer. De l’autre côté, on retrouve des missions annexes où Chen enquête pour le compte de la police locale sur différents événements liés de près ou de loin à certaines de ces connaissances. La galerie de personnages est d’ailleurs bien fournie, mais manque un peu de folie et d’originalité. D’accord, il est normal de retrouver les sous-fifres, les grands pontes, le receleur… Mais le point de vue plutôt réaliste choisi aurait mérité quelques personnages un peu plus emblématiques et charismatiques à défaut de proposer quelques personnalités bien barrées. Il est aussi dommage que cette double trame ne soit pas correctement exploitée : on sent clairement que les développeurs ont choisi de privilégier une trame au détriment de l’autre, alors qu’il aurait été nettement plus sympathique de laisser plus de choix au joueur avec divers embranchements. Mais ne faisons pas trop la fine bouche : elles sont extrêmement bien écrites et il y a de quoi s’occuper et même si certaines missions sont très courtes, elles sont variées et se suivent avec plaisir,  sans ressentir une trop grande répétitivité, souvent le point faible de ce genre de jeux.

Surtout qu’à côté de ce qui sert de fil conducteur scénaristique, il y a encore pas mal de choses à faire ! Courses qui se débloquent en même temps que les achats de véhicules, karaoké, drague de jolies minettes (avec bonus très intéressants à la clé), recherche de tous les vêtements possibles, services à rendre aux membres du gang, médailles à obtenir grâce à certaines actions ainsi que les classiques items à retrouver sur la carte pour débloquer des compétences, le jeu est complet même si tout se trouve très vite et sans réelle difficulté. A noter que toutes ces choses permettent de faire grimper des jauges (triade – police – réputation – santé – statuettes) qui octroyent des compétences variées. De quoi renouveler souvent le gameplay avec en vrac la possibilité d’ouvrir une voiture discrètement, de renforcer l’usage des armes ou d’acquérir un nouveau combo.

Combo ? Et oui ! Le combat à mains nues est souvent une purge monumentale dans un GTA-like, malgré l’apparition du lock ces dernières années. Mais qui dit Hong-Kong dit forcément art martiaux, et les développeurs ont tout fait pour que le joueur (s’)éclate dans ces phases. Un système très proche de celui d’un Arkham Asylum/City a donc été mis en place, permettant de jongler entre les ennemis, de les saisir, les pousser, les frapper, ou de les esquiver, avec un naturel à toute épreuve. Même si les ennemis disposent d’un QI de poulpe et ont tendance à attaquer l’un après l’autre, tomber sur un groupe d’ennemis est toujours un moment qui demande du doigté. Mais un bon moment, tant ces phases sont jouissives et violentes. Et le joueur a aussi tout intérêt à utiliser le décor quand cela est possible, pour activer des exécutions parfois bien gores et se simplifier la vie à l’aide d’un four, d’un ventilateur ou d’une poubelle.

L’utilisation des armes à feu est elle par contre bien décevante : on reste toujours dans le schéma couverture – je sors- je flingue avec une petite variante je glisse avec un effet Bullet time qui m’aide à tout massacrer encore plus facilement. On comprend ainsi mieux pourquoi les flingues apparaissent relativement tard dans l’aventure, et restent sous exploités. Bref, on restera le plus souvent possible poings nus pour tabasser les gangs qui errent dans la métropole.

Parlons un peu de la ville en elle-même : si la map n’est pas aussi disproportionnée que celle d’un GTA classique, elle est suffisamment dense et variée pour que jamais ne survienne la monotonie. On s’y repère assez vite et y naviguer devient très simple rapidement. Mais c’est le sentiment de vie qui s’en dégage qui frappe : si on n’échappe pas au curieux phénomène qui fait que les voitures arrêtent de parcourir les grands axes pile au moment où on en a besoin d’une, la vie piétonne est assez impressionnante. Ici, un homme fume sa cigarette, là un autre urine contre un mur… Absolument tous les lieux visités, avec leur identité propre, sont vivants et sonnent envie de s’y promener et contribuent à l’ambiance formidable du titre.

Pour circuler dans Hong-Kong et profiter de tout ça, il y a bien sur de nombreux véhicules à utiliser. La conduite est toutefois très classique mais donne une bonne impression de vitesse, surtout avec les modèles de classe A qui sont un réel plaisir à piloter. Malheureusement, la trop grande résistance des véhicules abaisse de beaucoup la difficulté du jeu, puisqu’il devient extrêmement facile d’échapper aux représentants de l’ordre en faisant seulement jouer la vitesse et les « attaques » de bélier que permet la pression d’une touche du pad. Et cela sans même utiliser le système de changement de véhicule à la volée, digne héritage de la série Just Cause, qui permet sauter sur un autre engin en marche pour l’ « emprunter » à son occupant.

C’est surtout techniquement que le jeu montre son développement poussif. PC mis à part (puisque cette version bénéficie d’un pack de textures téléchargeable), le soft n’est pas particulièrement beau. Sans être à la ramasse non plus, les textures ont tendance à être assez pauvres et le clipping est parfois très présent lorsque l’on circule sur autoroute. Les cinématiques et les modélisations sont par contre acceptables, mais ne transcendent pas le jeu d’un point de vue graphique. Seuls quelques effets spéciaux (pluie et flammes) tirent leurs épingles du jeu, avec un frame-rate impeccable.

Au final, ce Sleeping Dogs est une excellente surprise qui fait oublier très rapidement ses quelques défauts techniques en proposant une aventure qui se suit avec grand plaisir. Avec ses combats dynamiques et ses missions parfois très bien écrites, difficile de résister à l’appel de la métropole chinoise. Idéal pour découvrir les jeux à open world de par sa difficulté très faible et sa courte durée de vie.

Sleeping Dogs est disponible chez LDLC par ici