Superior

Oui oui oui, cet article arrive bien tard, pour deux raisons. La première, vous l’aurez en lisant la suite. La seconde, c’est que j’ai participé au blog de mon ami Alexis Lemée pour ses Samedis en Musique ! A lire par !

Après le compte-rendu des lectures du début de mes vacances, attaquons ce que j’ai dévoré récemment. Même si « dévoré » est ici un bien grand mot. Bref, pour se relancer dans le monde des comics, je me sens obligé de reparler de mon chouchou Mark Millar, avec son « Superior ». Et après un Nemesis en demi-teinte, je dois bien avouer y être allé un brin à reculons…

Superior, c’est l’histoire de Simon Pooni, jeune adolescent brutalement atteint par une sclérose en plaques et qui tente de survivrez à son dur quotidien. Jusqu’au jour (ben oui, il faut bien si on veut une histoire !) où il reçoit la visite d’un étrange singe en combinaison d’astronaute, qui lui offre un souhait. Simon va alors acquérir, pour une semaine, les pouvoirs et le corps de Superior, héros de comics et de films. Comment les utiliser du mieux possible, que faire pour aider le maximum de personnes, mais aussi, comment cacher à ses parents ce qu’il est devenu ?

La première chose qui frappe à la lecture de Superior, c’est la ressemblance avec Kick-Ass : un ado gentil moqué par ses camarades, qui devient super-héros du jour au lendemain, mais en conservant sa droiture et ses principes, son sidekick malmené lui aussi… Mais là où Kick-Ass livrait un récit enlevé et particulièrement violent, physiquement et verbalement, ici, on a un peu l’impression que tout traîne en longueur. La présentation de la trame, des personnages prend énormément de temps, et les 4 premiers épisodes sont très très mal rythmés. Pire que ça, les rebondissements sont peu nombreux, introduction oblige, et le seul qui pourrait vraiment valoir la peine est prévisible à des kilomètres. Tout faux…

Forcément, on n’aborde pas les numéros #5 à #8 de la meilleure des façons. Et pourtant, ils sont bien meilleurs : l’action fait son apparition, avec des scènes maitrisées mais très (trop ?) classiques, les personnages secondaires prennent une certaine importance, et l’histoire prend son rythme de croisière. Le tout reste assez lent dans l’ensemble, pas forcément très trépidant, mais se laisse lire avec plaisir. Il manque quand même ce quelque chose qui fait la différence, ce petit plus qui fait qu’on n’a pas l’impression de relire un vieux truc, mais bien de découvrir une nouvelle histoire.

Superior se voulait être un remake de Superman façon Marvel, et sur ce point là, l’ensemble se tient. Un héros brun, musclé, carré, habillé en collant et cape (et une magnifique ceinture de catcheur…), la présence de la journaliste sur-ambitieuse qui changera à son contact et un méchant qui fait furieusement penser à Brainiac pré Crisis, déjà utilisé par Millar dans Red Son sont autant de référence au monde de DC Comics. L’occasion de livrer au lecteur une excellente scène de test des super-pouvoirs façon Smallville, qui finit de convaincre sur le but de l’auteur. Mais toujours, le thème n’est qu’effleuré du bout du crayon : Millar évoque l’acteur qui tient le rôle de Superior au cinéma, et de ses affres pour justifier qu’il n’est pas le « vrai » Superior qui vient d’apparaître en ville, de ses problèmes d’argent. Et là où son histoire aurait pu être le fil rouge de toute l’aventure, ces questionnements disparaissent très vite, et l’acteur ne fera qu’une apparition (très remarquée, certes) en fin de récit. Mais n’enlèvera pas cette impression de baclé.

Au dessin, Leinil Yu livre une jolie performance. Sans atteindre des sommets, ses dessins réussissent à être dynamiques malgré le peu d’action de l’histoire, et contribuent à nous faire lire la suite, alliés à une colorisation de choix. Sans eux, j’aurai certainement abandonné la lecture très vite…

Je serai tenté de dire que pour une fois, Millar a voulu faire du neuf. Enfin, pas tant que ça puisque le tout est une gigantesque appropriation d’un mythe connu de tous, déjà repris dans Red Son, et avec des faux airs de Kick-Ass. Et à mon sens, cela ne lui a pas vraiment réussi. Des longueurs, des idées à peine ébauchées et finalement, une platitude extrême. Une grosse, grosse déception, plus que Nemesis même. Voilà pourquoi j’ai très très peur de me lancer dans Kick-Ass 2 maintenant…